dimanche 25 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 6 - L'incarnation



Être dans ta pensée est déjà la déchéance de dieu. Ne pas parvenir à penser dieu dévoile ta propre déchéance. En cette déchéance commence la rencontre. Ce sont vos épousailles.
faillite des preuves. reflet de face fixe ouverte dans la flaque. sur la surface débris de bois organisés comme un nombre. évidence d'un incendie révolu. certitude différée.
Nous avons peu de chose pour penser. Écritures, inscriptions, graffitis, pattes de mouche sur la feuille de papier, ronds et bâtons d'écolier, ces écumes de sens, cette crasse notionnelle, c'est là que nous et dieu nous grouillons et proliférons en même temps. Son Livre est fait de ça. Son omniscience se dit.
soleil sur la cendre. crasse édifiante. synonymie acharnée de peau et de monde. l'un ne se détruit pas plus vite que l'autre. on arrive en même temps que leur rencontre.
Tu te lies à la terre par ta chair, tu es terre par tes boyaux, muqueuses, sécrétions, excréments et sanies. Est-ce indigne de dieu d'y reconnaître la terre qu'il a créée? Lui dénieras-tu le droit d'y siéger en majesté?
sommeil mi-clos dans l'éjaculat de lumière. jour d'eau visible. fulguration entre les planches disjointes du ponton de bois noirci. mesurer le même. durée éblouie.
Il t'a placé sur la terre et tu t'interposes entre lui et la terre. Tu dresses ton orgueil entre lui et sa création. Tu édifies des parois de sens, tu disposes partout des chicanes conceptuelles, tu tisses des barbelés rhétoriques. Mais tes plaies, tes hontes, les coups reçus, les déchirures de ta chair lui ouvrent de nouveau la voie. Par tes défaillances les racines du divin pénètrent de nouveau dans la terre où tu vis. Ce sont les racines de tout.
l'éternité encore. un seul coup de pied dans la canette vide. toujours le même acte toujours le même lieu toujours le même déchet. génération d'un monde. l'absolu encore à ras de boue. cela aurait pu ne pas être et cela ne peut plus ne pas avoir été. rien pour ainsi dire. jubilation facile réitérable à volonté.
Tu ne verras pas ta propre face. D'innombrables invisibilités, de toi-même, pour toi-même, te constituent sans que tu te soucies de le savoir. Tu es constitué d'ombres. Ce sont les ombres portées venues du Grand Lumineux que tu vois et que tu ne peux pas voir et qui acquiert par ce moyen sa propre visibilité.
image du corps dans la mare. soubresaut d'ombre dans l'ombre. herbes molles. glissement de l'oubli flux charitable dans les yeux. l'exclusion s'enracine. reculer la face. éradiquer le reflet. flot noir forme d'homme.
Ne lui concède pas ton absence, ne lui accorde pas le désert, ne lui ménage pas un territoire où tu n'es pas. C'est en toute sa création, y compris en ta présence et à partir de ta présence qu'il s'implante et règne. Dieu remplit l'univers à partir d'un point fixe arbitrairement choisi. C'est toi.
regarder où l'on n'est pas. douce pulsation du rejet. enchevêtrement bariolé de choses molles et de ferrailles. réplique exacte de la disparition. l'inexistence est un astre docile.
Ce n'est pas à toi de lui assigner sa place. Tu ne sais pas discerner pour lui ce qui est haut et ce qui est bas. Tu le places dans un ciel de théâtre, tu attends qu'il fonde sur toi comme un astre déchu. Mais il est avant toi, il est déjà où tu es, tu ne le rejetteras pas dans un firmament lointain. Il te hante par en bas. C'est pour cela que tu dois chuter.
sur le ventre et encerclé par des signes. débris littéraux. humus logique où s'enfoncer. trace finalement unique et finie. sillon plein de présence. sangsue de terre gorgée sous le poids du corps.
Ta vie est un chemin pauvre. Ce n'est pas pour autant que tu dois la soustraire à Dieu. Il passe avant toi, après toi, mais également par toi. Il laboure la terre. Ne trahit pas ton sillon.
cycle du sens. terre ravagée. le monde est cet unique sillon. ç'aura été la plus péremptoire des empreintes.
Sans toi dieu aurait à se manifester à lui-même et il deviendrait par là en quelque sorte relatif. Ta pauvreté conditionne son accession à l'absolu. Sans ta précarité l'éternel perd ses repères.
pierre géographique dans la boue. rivage décomposé. cassure d'un bord orbiculaire. savoir quelles sont les choses et quel est leur nom. trou dans la pierre signe d'abreuvement. l'eau boit.
En t'expulsant de l'éden, il s'est lui-même expulsé. Il doit tenir compte de la terre, se commettre avec le travail, la peine et l'enfantement, faire alliance avec le serpent. C'est toi la borne fixe qui lui signale le chemin du retour. Mais tu bouges beaucoup et la quête se perpétue. C'est donc toi qui vides le ciel. C'est à cause de toi que dieu est en exil.
plaine de décombres sous brume chimique. d'une haleine il défait le monde. d'une haleine il le rebâtit. le voyageur des friches est un démon mineur.
L'homme, voué à disparaître, devrait s'éradiquer, tout entier, et jusqu'aux mains qui l'éradiquent, et jusqu'à la matière qui donne corps à cette éradication. Mais pas plus. L'acte de retrancher ne s'épuise pas. Ce sera toujours le noyau de tout, pour toi, et une source permanente d'absolu, pour Dieu. Car il n'y a pas de fondement absolu à l'absolu, sinon, entre l'absolu et l'absolu, il y aurait une différence.
d'une gifle à l'autre le monde se déployait. une sorte de ciel d'ombre répandait son évidence sur les choses et sur les plaies.
Le monde est double et le rejet est double. Accueil que tu rejettes, où tu es, rejet que tu subis, où tu n'es pas. Entre les deux, rien. C'est là que toi et dieu vous partagez votre absence commune.
marcher dans la dernière strate du désastre. germer dans le noyau du dernier déchet. piétiner la croûte du sol brûlé. fouler le dernier sédiment de la dissolution. tout est fini. monde neuf.
Étends ton territoire, creuse des tranchées, allume des incendies. Ce ne sera jamais ton territoire, qu'il connaît, et tu ne dérouteras pas dieu qui détient déjà tous les territoires et tous les fossés et tous les incendies. Que tu sois où tu es est un effet permanent du vouloir divin.
devant nous cercle des bras ouverts cerne précaire du vide. rien ne se laissait traduire dans le lexique du feu. terme incinéré. assertion illisible. péremptions de cendre.
Aller ailleurs, même un peu, ce serait empiéter sur le domaine de dieu. Demeurer où l'on est c'est partager son royaume.
lieu d'expulsion c'est portant là qu'on est. l'empuantir pour le dédoubler. s'effondrer et ramper pour le vider de nous. être ailleurs même en pourrissant.
Comment vous séparer, dieu et toi, comment se séparer de dieu si le lieu où il est n'existe pas sans le lieu où tu es, et voilà pourquoi tu crois ne pas le voir.
coruscation sur l'asphalte. œuf d'aube cratère infime et soupçon de fracture. croûte passible à l'emplacement du sol. rejeter le premier pas cimente les suspensions.
Les yeux hantés d'outre terre, assoiffé de transcendance géographique. Homme encerclé d'inexistant, tu es, et tu le sais, le seul lieu qu'il y a. Ton habitacle est aussi l'habitacle du divin, la matérialité de sa présence basse.
autour de toi monde achevé. sous tes pieds la terre qui n'a pas besoin d'exister.
Tes moyens sont pauvres. Insuffisants pour que l'idée de dieu se constitue dans ton esprit. Insuffisants à faire naître dieu. Et dieu accepte.
frapper la terre sans plus. naissance rudimentaire. mue mécanique. jet d'ombre tortillon de brume saccade initiale. course bloquée dans son élan. le chemin mord son nom. aliment factice durée de terre.
Tu ne te verras jamais au niveau de la terre. Tu te perçois comme le reste chu d'une ascension manquée. Tu es malgré toi l'image mutilée du dieu que tu n'es pas.
fanfaronnade d'homme sur le mamelon de déchets pétrifiés. haussé sur l'ultime pauvreté du pays. implanté dans la mesure de tout. socle de terre honnêtement pourrissant. mont Sinaï disséminé. trébuchet du destin. être pesé mesuré et compté. descendre ensuite chez les autres.
Tu es l'unique témoin du monde que tu vois, et l'unique inventeur de ce qu'il te paraît être. Dieu te concède de créer le monde pourtant déjà créé, comme pour ajouter à son œuvre une ombre, une tache, un peu d'obscurité, à travers quoi le sens de la création peut de nouveau faire retour et circuler.
élan tronqué. avancée restreinte. l'approche germe. graine d'écart malmenée. le pas écrase sa propre semence. de la terre en provient inapte à l'aboutissement.
La pensée certainement. Mais il te faut une peau et une chair passible pour te rendre conscient que tu penses et que tu es. De même dieu, pour savoir qu'il est, accepte de passer par la vision amoindrie que tu as de lui. C'est à partir de l'imparfait qu'il prend conscience de sa propre perfection.
peau d'espace. amour de bête amorphe. borne collée au corps. jouissance géométrique du pays.
Habiter le monde le transforme en machine à quitter le monde. Tu entraînes dieu en cette pérégrination tronquée. Il doit descendre aussi dans tes friches et les incorporer à la totalité de l'univers créé.
fin des choses. rupture du nombre. décombres dans le dépotoir de vase. barbelé vertébral dans la boue sèche. engrenages saillantes de fer brûlé. le sol s'agence moteur bien enclenché de l'arrêt. aboutissement sur-place des travaux du temps et du feu. écroulements délibérés. fabrication de la planète intercalaire. centre de ville. intempérie nocturne.
Si tu ne voyais pas à travers son regard absolu, éternel et actuel, tu ne saurais rien du fini, du limité, du contingent, du mondain. Et il ne fermera jamais les yeux.
l'œil et son double toxique. voir détruit exactement ce qu'on voit. le monde se dissimule dans sa propre apparition.
La foi recèle ta raison d'être. Mais la convergence, la concomitance mécanique entre ton existence et le sens que la foi procure ne doit pas t'abuser. Tu es le geste dont dieu est l'acte. Ça se passe au même endroit.
cicatrice intelligible. chiffre des sanies. lecture ouverte des termes et des figures brûlées. crémation graphique la peau exultait. surface de corps nu enclavé dans la glaise. terre envahie d'un jour sur l'autre par ses nouveaux noms périphériques de boue et d'herbe.
Ne prends pas ta pensée pour l'origine du sens. Ne confonds pas la lettre et l'effacement. Ce que tu lis en toi ce sont les ratures, les biffures, les repentirs du Verbe.
tenir ici. empoigner la bête locale. profiter de la nudité du monde. contraindre le désert à une sorte de sens. par le trépignement et par le soubresaut. par la puanteur et par les quelques mots qui vont avec. on ne saura pas que c'était inutile.
Tu ne parleras pas, tu ne contiendras pas la parole en toi, tu n'en détermineras pas les limites. Car tu ne connais pas ce qui se dit depuis l'éternité et pour l'éternité, et c'est cela la parole. Détiens ce fragment de tesson bon à gratter ta sanie, car c'est cela ta parole limitée, image trouble de sa parole, à laquelle lui seul peut assigner des limites.
une poussière dans la gorge anticipe le nom terminal. souffle scindé par l'aspérité d'un silence de pierre. choc de silex d'un mutisme sur l'autre. feu manqué.
Pour dieu bien entendu tout ce qui est humain a déjà eu lieu, jusqu'à l'épuisement de l'humain. Tu es cependant la tache, la marque nécessaire à partir de laquelle dieu saura mesurer sa propre omniscience. Tu es le signet qui pointe l'aboutissement actuel de son savoir absolu.
preuve par les déchets. les avortons de nom pullulent. ce qui est là se désigne. d'autres rats ont frayé dans la chose des passes cohérentes.
Tu es immobile et l'Esprit souffle. Tu prends cela par l'air que tu déplaces en progressant.     
vent frontal. de la nuit s'engouffre entre les dents. sonde salivaire dans le creux d'une assertion prévue. garder seulement de la durée pour parvenir plus tard à la restitution. nuit de glaise pour cimenter le doute.
Ton retrait ne retranchera rien ni au sens ni à la cohérence de la création. Une ride sur l'eau que l'eau absorbe en l'oubliant. La pertinence de tout n'en pâtira aucunement. Car ton retrait et ta disparition sont déjà inclus dans le plan global du monde créé. Tu ne peux pas disparaître.
la nuit montre tout. le monde tout entier et tout le firmament convergent sur la guenille qui me porte. l'univers se transforme en vague qui reflue et me dépose. tant d'obstination me sidère. ça doit avoir un sens même si ça n'en n'as pas.
Dieu est sens, le fût-il à contre cœur. Il est l'expulsé des ténèbres, interdit de chaos, spolié de confusion. Son esprit flotte interminablement au-dessus de l'abîme où il ne pénétrera pas. Tu es la seule parcelle d'absurde dont il peut jouir. Vouloir le sens est le péché d'orgueil, la faute irrémissible.
flambeau d'ombre et le reste qui surnage à la surface des eaux. se pencher encore sur le limon du sol. découper une forme d'homme dans la décomposition de la terre. lambeau de nuit. circonscription forcée d'un sédiment du temps. vestige épuisé. le répertoire des débris atteint son terme.
Pour dieu, la création ne commence pas. La création ne peut commencer que là où il y a un humain. En rejetant ton poids et ta détresse, en maudissant le sol, la poussière du chemin, les cailloux qui te meurtrissent tu mutiles mortellement la totalité de la création, la terre, le ciel, les créatures. Et tu ne peux pas t'empêcher de faire un pas de plus, te libérer, te perdre.
multiplication immobile os debout peau en place tête haute. ne rien faire. proliférer in situ. ne pas plaindre le monde. il n'attend pas ma fin pour commencer.