mardi 27 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 7 - Circonlocution - (à suivre)


Je ne l'aurai jamais dit. On ne le dira jamais. Il est permis seulement de mordre ce bâillon fait de paroles.
forme d'eau sur la chape de boue durcie. de loin on savait où commençait la soif.
Douleur descriptive, arpentage froid, ponte mathématique des limites. La forme du corps et la forme du monde en sont l'engeance. Jumeaux cannibales qui se mangent l'un l'autre à la frontière du corps et à la frontière du monde au delà de laquelle il n'y a rien.
entre ce qui finit et ce qui commence se tient la plus grande des distances. même une balle ne peut pas la franchir.
L'étendue du monde est l'outrage infligé au corps et un jour il n'y aura plus d'outrage. Car le corps est où il est seulement. Cela veut dire qu'il aime sa propre fixité. L'étendue du monde est une imputation calomnieuse.
les boues s'ouvraient. sel de corps dans l'enlisement des camps. dessiccation des vases. aube ventrale franchie d'un pas.
Traversée de la peau. Aller de l'avant ne va pas de soi. D'où nous sommes vers où nous sommes, deuil avorté du voyage. On n'arrive pas plus loin que la borne du corps. On n'y arrive pas.
tout chemin est le chemin de l'autre. il y a beaucoup de chemins à détruire.
Nous ne pouvons pas nous reposer en notre identité. L'annulation nous attire. Nous la redoutons et nous nous y engouffrons. Nous envahissons sans ménagement notre propre disparition. Mais notre absence nous fuit comme un vieux rat pourchassé. Tout ça finira mal.
cartographie des camps. une migration germait en signe. un sillon prenait racine. la désertion mesurait le pays. carcan graphique. charpente dure.
Tout va de soi quand il s'agît de ne pas être. La facilité est l'instrument commun du Tentateur et du Dieu. Tracer un simple sillon sur la poussière du sol suffit à engendre et le néant et la frontière qui le jouxte. Mais tu n'inscriras jamais que la face interne de ton trait. L'autre côté est l'au-delà. C'est l'œuvre des petits esprits mécaniques qui créent ce qui est, qui créent ce qui n'est pas, et qui les séparent l'un de l'autre.
manger et avaler le message interdit. en parlant recracher ses lambeaux. flux et reflux des signes. bave d'homme omnisciente.
On ne le dit pas et c'est écrit partout. Traînée d'encre sous le contour des lettres, sillon de pierre supportant les inscriptions, ombre des caractères de fer cloués sur la dalle. Sous le faible contour de l'écriture la matière résiduelle se rassemble et attend. Poussée d'obscurité plaquée contre le sens. Le corps de même recèle son ombre intérieure qu'une apparence d'homme contient. Partout une âme sombre qui force les cloisons.
du zéro jusqu'aux déchets la classification est complète. décompte terminal. certainement entrepôt dynamité. vide éparpillé. semailles d'un outrage.
Déplacer une poussière ne change rien à rien. Et déplacer deux poussières? Et les milliards de poussières qu'on aura déplacées et qu'on aura cessé de déplacer? Certes, le nombre change, le nombre et le nombre seulement. Mais tous les nombres sont donnés d'emblée.
sillons et interstices du déchet. les routes du monde ne commencent pas autrement.
Demeurer en deçà assure la survie. Toute action est négation, il faut donc échouer. C'est la source du réel, c'est l'origine du monde. Briser les limites les convertit en pâles larves mentales que l'on écrase. Gardons-nous de toucher aux limites.
morceaux de noms disséminés. la désignation explicite des lambeaux s'accrochait à des radeaux de chose presque dicible.
Compulsion judicieuse. Dénombrer jusqu'au souffle, énumérer les battements de paupière, les tremblements, les frissons, les foulées et les arrêts. Compter tout. Compter beaucoup et sans cesse. Balafrer l'unité d'entailles numériques. Ne plus voir ni l'avers ni l'envers de l'Un.
brèche suppliciée l'autre bouche des hommes. il est illicite de faire parler ça.