dimanche 11 novembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 4 - Le repentir




Grammaire simple. Dieu est. Il est actuellement et effectivement. Il est tout. Ce qui est autre que lui doit exister et doit ne pas exister. Il ne suffit pas que ceci soit un fait, ceci doit être un acte. Ainsi ce qui est autre que lui doit-il apparaître et disparaître. Même la brûlure du soleil n'est que l'antiphrase instable de la disparition du soleil. Ce cycle laisse un sillon. C'est l'esprit.
cautère solaire sur une sanie de terre rase. ombre d'homme. recherche des pistes de migration. odeur de corps sur la glaise cuite et guérie.
Le créateur cependant se tient dans un certain rapport à sa propre création. Il est relativement à ce qu'il crée. Dire ce qui est tout en créant ce qui est, donner ce dont on demeure perpétuellement le possesseur requiert l'annulation et du décrit et du donné. L'annulation est le foyer noir, l'œil du cyclone de son Œuvre. Tu es aussi son œuvre. Il t'instaure dans l'exil, il t'accueille dans l'expulsion. C'est ainsi que tu habites ici-bas, et aussi dans son royaume immatériel.
juste avant le pas qui ne s'efface pas. éternité numérique. ponte d'absolu. germe topographique indestructible.
Le réel est le présent, et nous le détruisons et nous le produisons et nous le détruisons. Simulacre mécanique de l'absolue liberté, qui ne trompe guère que le démon, l'enchaîné, le déterminé absolu, hypostase de cette jalousie réciproque qui nous lie au tout puissant. Nous imitons, de dieu, l'effacement créateur. Et sans nous, producteurs de la durée actuellement finie, il n'y aurait pas matière à effacement. Il nous a accordé de devenir la création.
lèpre plantaire ou crissement des frontières écrasées sous les pas. momie cartographique. terre débitée en d'innombrables notions distinctes. vermine cadastrale desséchée. sable et cendre. on ne passe ici qu'une fois.
Désir d'un cycle clair. Réparation, destruction, réparation. Voilà la promesse, voilà la prière. Dieu ne sait pas se détruire lui-même avant de restaurer son être absolu. Mais l'homme non plus, car, s'étant détruit, il n'est plus, et il ne peut pas par conséquent être celui qui n'est pas. Et si après la mort il y a la survie, on ne peut pas affirmer valablement qu'il est le détruit. Rien ne cessera avant la fin du cycle de la réparation. Quelque chose s'ajoute ainsi à la création de tout.
passe de ronces vaincues le mort a encore échoué. à un pas près soyons ce mort que chacun de nos pas outrage. rester ici pour l'achever. c'est la couleur du monde.
Être créé seulement ne suffit pas. Pour en jouir il faut retourner au néant. Par les innombrables jeux de la disparition cela aussi nous est accordé. Poursuivons dans la crainte. Ne confions pas cette mission aux morts et aux choses mortes.
barrière noire sur le couchant crématoire. bientôt vent nocturne. travaux de renaissance pour un pays plein d'ombre.
Il y a la création et il y a sa fin. C'est un couple indissociable. Chacun des termes est la condition de possibilité de l'autre. On peut le dire autrement. Dans l'acte, l'essence de l'humain est la déception et l'essence du divin est l'abandon.
corps dressé contre la déportation de la présence. chicane de membres. empêchement précaire. la faiblesse sauvegarde. l'incapacité rapatrie. nous sommes fondés. ici de plein droit à chaque pas mais pas plus.
Ce n'est pas le cas qu'il ne t'ait pas encore vu, mais qu'il ne cesse jamais de te voir. Comme si pour lui l'acte de voir était continu et infini. Ta cécité le concernant est cette permanence et cette infinitude.
à travers un jour caustique apposé sur les yeux le discernement se dissolvait. ouvrons l'os frontal sur la pierre noire du doute. sang buvable. jonction des deux extrémités de l'attente. un sillon unique est le bord et le fond.
Remplir, étant, les desseins du Créateur. Être comme on est. Façonner de nos mains ce qui doit mourir. Car la forme du créé tue la création qui ne peut pas en même temps être et cesser.
voir la fin. pas les yeux mais ce qui les emplit. révélation sans borne. mise à nu du lointain. équarrissage des présages. le terme est ce qui apparaît. preuve par la boue du sol. preuve par les paupières. butée absurde absolument licite.
Ta comparution erronée laisse des traces, ce que ton passage anime, écrase et institue. Indifférence, dérision, haine, plaisir, attirance, rejet, des choses presque nulles qu'en t'abolissant tu produis. Au-delà de toi, c'est ce que le créateur a désiré créer. Il passe par toi, afin que la création demeure son désir, et le surprenne.
douleur d'achoppement. fragment d'un fronton monumental. moignon d'aigle. pierre sculptée dans la première fente de la terre. centre du terrain d'herbes. recourbé dans le midi solaire lécher la pierre et l'inscription de la pierre. baves d'homme marquage de l'os final. rejeter alors dans les fosses un fragment de bête pure et sans outrage.
Tout se vaut dans la fabrique de l'annulation. L'abjection et le délire, la régression et le volontarisme. La création est une sphère comportant toutes les proximités possibles au néant. Cela fut de tous temps, avant même qu'il n'existe un avant et un après, un plus haut et un plus bas. Car la création est aussi l'image du créateur.
toute chute est valide. fondation manifeste. grand poids du corps. lecture du nom de l'homme inscrit où il est. lettre par lettre.
Il n'y a d'autre créateur que celui qui se crée en créant sa créature. Tu ne penseras pas le créateur avant d'avoir épuisé ton être créé. Tu sais cela en éprouvant la mutilation conceptuelle que cette circonstance détermine.
jour enraciné en ses propres cavités d'orties et de tessons. paisiblement descendre dans le fossé étroit. tenir sur les épaules l'horizontalité du monde. purger la terre de tous les pas orientés vers sa limite morte.
Tu n'es pas celui qu'il convoque, tu le supplées seulement. Il t'a créé créateur ne pouvant pas se créer, et ce que tu es te survient d'ailleurs. Comme Lui, qui ne se crée pas lui-même, étant de toute éternité, et même avant que l'éternité ne soit.
quelle limite pour le droit à la descente. quel os pour barrer l'hypothèse de la chute. l'approfondissement précède le voyage. on s'enracine dans le creux d'une déchéance ancienne. on n'en saura pas plus long.
Ta méditation perturbe l'évidence. Mais elle est aussi le sol très bas où son esprit se dresse et prend son faix. Ton insuffisance vaut retrait. Et ton retrait est son instauration. Mais ton retrait absolu et son instauration absolue ne relèvent que de lui. Tu peux cependant les ébaucher. Le monde dispose autour de toi tous les artefacts requis.
visite au camp. murs et bornages délabrés. franchissement rampant. confusion du gravois. genoux au sol. os contondant. pierre de jonction. fondation du désastre. chute éternellement sauvegardée.
Tes douleurs sont le syllabaire de son intelligibilité. Il te casse, il s'écrit. Il te blesse, il te façonne. Ainsi est-tu jour après jour en train de devenir ce que tu es. Jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.
le lointain nous mord aux yeux. griffe au visage aboutissement du monde. terme de la terre balafre faciale. c'est l'unique visage et c'est l'unique terme de la terre. nous n'aurons vu ni l'un ni l'autre.
Dieu te crée mal. Ton imperfection l'accable. Mais tu n'es pas l'expert de dieu, tu n'es pas son contremaître, il n'est pas ton apprenti. Tu es la malfaçon de toi, par rapport à toi-même, comme le dieu que tu connais est sa propre malfaçon par rapport au dieu qui est.
inaugurer ici la mastication de la bête de pierre. secréter dans la nuit un acide noir sur le sol de ruines. aux yeux cécité caustique. aux doigts nombre discontinu. signes du refus d'édifier. par endroits aiguillon mémoriel ou fer pointu ou esquille d'os brûlé.
Le moule qui façonne la glaise dont il nous pétrit est cette cavité à l'horizon de tout, ce vide convoité qui recèlerait notre forme véritable. De la même façon requiert-il en notre esprit ce creux, ce nuage d'incompréhension, cette cavité mentale où il se coule, et qui lui procure une forme.
au loin nous sommes morts. l'horizon nous menace monstre repu de cadavres réels. empoisonnons d'obscurité la gorge qui nous appelle. jetons beaucoup d'absence dans la gueule du lointain.
Être en vie mais selon la mort. Être déjà cette petite araignée qui au delà de la mort tisse la grande toile de l'éternité dans laquelle Dieu aime se laisser prendre. Cette éternité improbable que les mortels secrètent est le jouet de dieu.
flanc d'os réplique verticale de la charpente de la terre enchevêtrée dans la terre. la saison migre. déportation de la fin. d'une épaule à l'autre frapper le vent qui nous chasse.
Parler, souffrir, tâtonner le pourtour d'un concept évanescent. Parasiter la paroi de jonction. Palper Dieu par la membrane. Réplique du pétrissement que nous subissons en notre glaise charnelle et mentale. Depuis le commencement, et de ses propres mains. Dieu aime avoir des mains, il nous envie quelquefois.
la souffrance rapatrie. ne pas y rester. mordre la douleur à même ce corps de chien affolé. nouer un pacte.
Son savoir éternel est cependant tronqué par une anticipation intempestive, la mort du corps de l'homme, grande virgule sacrilège dans le discours omniscient. Grâce à cet accroc bienfaisant, dieu jouit d'une sorte de commencement en son savoir infini, avant, et après.
au garde-à-vous dans nos propres débris. soubresauts du retour sous nos peaux incinérées. vermine itinéraire un grand grouillement de trajets s'agite en nos eaux ventrales. de trop nombreux reflets dans la flaque noire. fond de fosse. une nuit de liquide et d'excrétion éclate en lumière et se disperse. place d'appel. la terre et son nom.
On n'en sort pas. Dieu nous crée comme nous sommes et quoi que nous soyons. Il ne se trompe pas. Mais nous pouvons cesser de comparaître ici, dans le strict présent où nous disparaissons. Cela ne signifie pas que nous pouvons contrer la création, mais si que, faits par dieu à notre propre image, nous sommes comme dieu les créateurs de nous-mêmes, et rien d'autre.
casser le débordement du corps. ravaler l'élan. resurgir ici par tous les moyens. ne pas subir le dernier sursaut. exonérer le sujet d'un acte surnuméraire.
Voici un dieu amnésique. Il nous prend toujours pour de la glaise. Il nous efface, il nous façonne, il nous efface. Et nous finirons par le prendre à la lettre, nous serons devenus glaise ou cendre ou poussière. Mais ça aussi, il l'oubliera. La machine de l'éternité ne connaît pas de répit. C'est l'amnésie du dieu, dont nous sommes le symptôme indéniable.
compression d'os pression ininterrompue déblai affaissée. édentement dissimulé dans sa motte. écroulement vers le creux de la charpente maxillaire. lèvres avalées. incrustation graduelle du reste crânien dans l'alvéole de glaise. assertion de présence. terre vide.
Il a fait toutes les choses, il a donc créé le seul néant total et absolu. Ayant tout créé, il en a perdu la relation à ce néant pluriel dont l'homme fini jouit abondamment. À toi de stipuler qu'il est tout, et de stipuler que son néant est également. Tu n'es qu'une proposition fonctionnelle dans sa logique. Tu n'es qu'un petit pli d'ombre dans la rhétorique du Verbe.
guerre logique du passant. refuser de lire ici le vide illisible que sa présence institue au loin. ne pas déchiffrer l'imputation de possible pas encore advenu.
Le nombre est à venir. Le nombre est le même que la présence de dieu. Avant que l'éternité ne conclue il n'y a pas de compte achevé. Dans l'ordre du fini rien ne termine, mais nous tirons des traits à chaque cillement, à chaque battement de cœur, à chaque expiration. Pour voir. La vie est un recueil des sommes erronées.
repos dans la bourbe. régénération des limites du corps. humidification des cernes et des creux orbiculaires. mesure et nombre des os dans le limon du sol. graines numériques. nous serons comptés.
Tu ne comprends pas, de dieu, son murmure dans ta chair, continu et univoque, articulé en une seule articulation, émission qui en même temps s'anticipe, commence, prend forme, s'achève et se dépasse, au même instant, sans recourir à l'existence d'un instant pouvant la contenir. Dans le Verbe le sens n'attend pas. Ta mission est de cisailler ça, voire à tort et à travers, et tu comprendras non pas sa parole toujours indemne, mais la violence que tu fais à sa parole. Comprendre n'est pas autre chose.
la disparition du corps croît. douce annulation continuelle. germination du néant. c'est la terre qui importe. autant que d'y être.
Tu ne dépasseras pas la quantité de sens qu'il a déposé en toi. Tu ne déborderas pas les limites qu'il impose à toute chose, de l'univers tout entier jusqu'à la moindre parcelle de ta peau. Tu peux cependant exprimer cette prescription négative. Tu le fais, comme Lui. C'est la seule transgression que l'homme et son dieu peuvent s'autoriser. La limite n'est pas plus forte que la volonté divine qui la prescrit, ni que la perspicacité de l'homme qui l'atteste.
pisse en jet aux orties terre noire colonie fangeuse. le sol croît. bulbe d'eau incrustation d'un sceau creux pour joindre la rupture et le retour. la terre acquiesce à ce viol aratoire.
La vérité cesse quand tu ne cherches pas, et durant le temps que tu ne cherches pas. Cette suspension est l'autre vérité. Le fou veut faire coïncider la vérité et l'autre vérité. Son trouble ravit Dieu.
ici fin obvie. la fouler résolument. extraire le vin du déni. l'autre vérité est inutile.
Présents, nous servons à produire un creux dans la massivité du créé. C'est le lieu que nous occupons et que nous quittons, que nous remplissons et que nous vidons. Que ce soit dans l'espace ou sous la terre nous écopons sans cesse la présence. Créer le vide reconstitue le souffle de vie originel. À la fin nous aurons tout restitué.
enterrement des statues. la terre tapissait la grand cavité orbiculaire. la glaise se palpait par l'alvéole. moyennant un vide dur le limon recouvrait sa forme initiale. un spore optique s'attardait dans l'orbite de pierre. coup de talon à la motte de terre. essaimage du savoir.
Dans cette sorte de brèche entre deux propos quelconques, s'ils sont finis, s'ils sont tronqués, la voix de dieu se fraie un passage et s'élève jusqu'à nous. Non pas jusqu'à notre esprit, non pas jusqu'à notre cœur, mais jusqu'à ce point précis de la parole où nous sommes sourds à nos propres propos. Il en ira ainsi jusqu'à la surdité terminale.
soubresaut du sang. fêlure respiratoire. signes du corps. l'avenir feint de ne pas comprendre. baver droit. embrasser à pleine bouche la divine stupeur.
Ce que nous ne comprenons pas est une parole morte. Nous sommes ici pour ne pas comprendre. Nous sommes capables de dire ce qui ne se comprend pas. Dieu tue la parole et nous en fait offrande. C'est son bienfait et c'est la dévotion qui lui est due.
choc aux tempes corps éjecté. naissance dans le vide et chute subséquente. la douleur respire et frémit sous le tégument facial. un engendrement prend corps. flux aqueux aux commissures des lèvres. l'ordre de naître infiltre l'herbe et mouille l'argile du sol.
À notre tour enfin, au moyen de nos morts, de lui insuffler un souffle de vie dans les narines. Un souffle de vie d'ici-bas.
inachever la naissance. martyriser le lieu. scarifier le terme. passer des mots d'un côté à l'autre. séton salivaire de l'aboutissement.