samedi 22 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 10 - Profanation (fin)


Jouer à ne pas être et à être quand même est un exercice banal. Car je ne peux pas disparaître, pour moi, mais je souhaite toutefois en obtenir confirmation. Ce petit laboratoire privé engendre toutes les créatures pour lesquelles l'existence entraîne la nullité et réciproquement. Dieu est un jeu inéluctable.
carte du pays moulée à même la glaise du corps. la chute pétrissait ses empreintes. sillon nu travaillé fait par son propre vide. machine du rejet.
Nous savons ce que nous disons, comme si nous étions réduits à répéter ce qui se dit. Si nous nous apercevons de ceci, nous postulons qu'il existe des énoncés qui ne sont pas répétition. En quelque sorte des énonciations jamais effectuées, qui diraient ce dont l'énoncé ne s'énonce pas. C'est le mode d'existence de ce qui ne se pense pas, et qui malgré cela n'est pas rien.
monde créé excrément de présence. récit de l'outrage en guise de rachat. le déchet nous revient de droit. tout se reconstruit par la plaie.
Percevoir la limite du corps suppose un contact, une présence infiniment proche du corps mais distincte du corps, qui accrédite la réalité totale et simultanée de toutes ses parties. Un accouplement en quelque sorte, mais strictement notionnel, logique, déictique, mystique à la rigueur. La perception de la forme limitée du corps requiert que dieu nous signifie, et réciproquement.
en baisant sa propre fente labiale imitée aux fissures d'argile craquelée. l'eau préservait son nom mouillé et le lieu de l'eau fumait et séchait comme une bête bouche morte.
Franchir échoue parce que le franchissement demeure à chaque fois possible. C'est un territoire vierge, qui nous confine dans un perpétuel en deçà. C'est la manière ordinaire de passer et de marcher. C'est la poche gestatoire qui crée un au-delà, et un dieu.
se donner fermement à la terre n'épuise pas l'expulsion. le rejet est insatiable. même enterrés nous voyageons.
La pensée mutile et amoindrit l'objet pensé. Cette impuissance à penser ce qui est sans défaut n'est rien d'autre que la traduction de cette circonstance mécanique. Impuissance qui se postule, mais qui doit advenir. Il y a à faire pour longtemps, il y a à faire pour l'éternité. La différence entre cet objet et le néant consiste en cet acte de le penser sans pouvoir. De cette façon l'être parfait ne sera jamais nul.
défaut sensible de plaie de strie et d'éraflure. figement tendre de la barrière d'os plat. planète sans douleur. trou de lumière blanche dans la lumière blanche. aube de chaux et baiser de peau à la surface de l'aube.
Quelqu'un m'a vu et ne me voit pas. Ceci est vrai à tout moment. Chacun est envahi par une innombrable engeance de créatures invisibles. Figures infinies d'un dieu qui s'esquive.
entrer et sortir. commencer par un nom vide. délicatement souiller l'absence en y soufflant un seul souffle. préserver la page. attendre l'ombre du corps qui passe et disparaît.
Il a été dit que dieu est ineffable et infini. Mais nous pouvons contempler l'échec à dire dieu, chez l'autre. Nous serons les spectateurs de deux côtés de cet acte fini et explicite. Et nous serons tentés d'aller voir de l'autre côté de cet exploit impossible et de contempler l'objet que l'autre n'a pas pu dire. C'est l'utilité des textes religieux, et peu importe qu'ils échouent à rendre lisible ce qu'il en est de dieu.
remous d'eau. placidité lacustre du contenu des yeux. tentative par la répétition. le clignement épelle l'unique lettre lieu vide. contact marécageux du regard et de l'eau. immobilité centrale. nœud faible du pourrissement.
Il est indéniable que le dessein contradictoire de la pensée est de penser l'absolu non pensé. Cette souffrance noétique est projetée sur l'objet. L'absolu souffre de ne pas être dit. Dieu nous implore de le penser malgré ses attributs, exclusifs de pensée.
la plainte empeste. il faut se broyer dans ses propres mains. se noyer en ses propres humeurs. castrer le temps. innocenter la fin. ne plus en parler.
Nous ne n'avons pas à le concevoir, il est là. Nous nous prenons les pieds dans le concept de dieu, fugace titubation de la pensée. Un autre biais se propose. S'obstiner à ne pas le penser, ne pas le dire, ne pas le détenir, ne pas le rechercher. Mordre à la gorge le propos banal qui l'a déjà dit, en clair, comme il est, simple hoquet conceptuel sans conséquence. Et dissimuler soigneusement la totalité de cette opération.
sol du pays fin du jour. le délabrement se referme faille par faille. végétations cartographiques. sillons nocturnes. bourrelets d'ombre crispée. champ ligoté dans ses plis. des pas s'éloignent. un égarement rôde et dépérit.
L'Absent qui hante la totalité de l'univers existe bel et bien, inaccessible seulement à chacun de nous, car chacun est le germe d'un futur disparu. Voilà à quoi tient la difficulté de saisir sa présence. Le lieu où il existe est ma mort, que je ne peux pas penser.
nous sommes là. aucune autre absence ne guérira le monde. chaos urbain assoiffé de cohérence. retrait après retrait nous le nourrissons d'exégèses et d'anticipations.