jeudi 27 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 11 - La tentation (suite)


Nous le défions d'apparaître, d'être pour nous, de s'incarner ici-bas comme il peut, d'une manière ou d'une autre. Mais nous ne lui fournissons pour ce faire que le pire, le sous humain, l'inhumain, le non humain. Convenons qu'il cède souvent à la tentation.
matin dans le bunker. trou d'orties dans la pierre éclatée. durée chancreuse. déhiscence visible des parois de béton. travaux du sel et du vide marin. paroi fendue cosse ouverte et dispersion d'une engeance impalpable d'heures préalablement violées.
Dans la production et le déni de notre propre inexistence à quoi nous procédons de fait et par figure, nous tirons le modèle de la dénégation de toutes les inexistences, quelles qu'elles soient. Et nous laissons dieu sans voix, spolié du court argumentaire de sa propre inexistence.
fouetté d'absence reculer. bondir encore par dessus le temps. s'écrouler sous l'éboulis d'une sorte de futur. signifier qu'on est là.
Notre plainte est une bourse des valeurs et chacune de nos douleurs a un prix. Nous accablerons le Grand Débiteur qui ne saura s'y soustraire. Car nous ne cesserons jamais de le clamer haut et fort.
sillon ouvert dans le tranchant des lèvres. sang dégorgé plus vite que les mots qui l'annoncent. la racine du doute s'abreuve dans le creux laissé par le doute. demain on saura ce qui succède au sang. la soif ne saurait plus tarder.
 Notre limite souffre d'être limite, notre peau est douleur d'être peau sans rien, abouchée à l'absence. Avant la résolution terrestre, mort ou jouissance, ceci ouvre un vide vivant et agissant, un néant pantelant dont les dieux sont friands.
la pulsation force les bords. heurt contre la paroi d'un au-delà immédiatement mortel. crabe éclaté par la vague. chiot écrasé contre le mur. on ne va pas plus loin que le bond du sang.
La multiplication innombrable de ce qui est autre que nous et dont à coup sûr nous ne sommes pas la cause se traduit ipso facto en l'acte d'un créateur. Et si cela est posé cela devient indéniable. Même invalidé après coup par tous les arguments que l'on voudra, qui doivent le supposer pour l'annuler ensuite. Dieu naît sans le vouloir, comme nous.
s'entourer de quelques-uns de ses propres déchets brûlés et anonymes. charpies de papier dans les tiges végétales desséchées. utiliser le délabrement de la terre. nom d'homme en chaque lambeau.
La déchéance, qui est une certitude, n'est somme toute qu'une transcendance inversée, cherchant terre et racine pour croître. Mort ou dénié, dieu doit renaître. C'est même sa seule façon d'exister.
un regard sur nous nous déporte. le moindre écart nous transforme en dépouille bonne à brûler. demeurer est une lutte. mygale à reculons vers le trou de sa tanière.
Le passé est toujours peu ou prou construit, reconstruit, plein d'improbabilités et d'assertions que rien ne confirme, que rien ne démentit. Il suffit d'y introduire les indices falsifiés d'une présence divine pour que dieu s'incline et acquiesce.
nos poussières se traduisent en ciel d'ombre. temps de passer sous couvert de destruction. tâtonnement aux barbelés nocturnes. lichen effrité lien inviolable. débris rouillés d'un pas.
La description du tombeau, non pas la description du tombeau du corps mais celle, paradoxale, du tombeau de la vie et de ses contenus, démontre suffisamment que l'inexistence n'est rien, et qu'elle est compatible avec la plus extrême existence.
enterré ici bas avec souffles et mots et pas et visions. tombeau oublié d'un ancien guerrier. sol à franchir. à chaque pas dépouillé de reliques et de preuves. résurrection anonyme.
 Le sens se repose avant de renouer. Ces coupures respiratoires groupées, additionnées, façonnent un autre sens, un sens exempt de sens. Il est donc légitime de dire n'importe quoi. C'est la contrainte au sens non humain avec quoi depuis toujours nous affligeons le dieu.
simple souffle la signification s'enchaîne et progresse. escarbille éteinte. temps aux narines. nuit et boue de nuit.
Séparés de nous-mêmes, nous désirons beaucoup ce que nous ne sommes pas. Cet objet de désir, sorti du temps qui le produit, soutient le lien d'amour qui subjugue dieu et nous l'asservit.
ce devant nous où il n'y a rien comme une bête aimante et avide. gueule aux aguets qui avale tout ce que nous devenons au fur et à mesure. pour ressusciter ou pour vomir.