samedi 29 décembre 2012

Arguments - 1- Dieu - 11 - tentation - (fin)


Vivre amoindrit. Je suis un dieu accablé d'existence. En existant moins je recouvre ma part de divinité. Ne pas exister n'est donc pas une excuse pour dieu.
bouclier froid paupières closes. apposition d'un sceau fictif sur l'enclave d'ombre. nuit des yeux. le vide s'incruste comme un poinçon exact. pourrissement séminal de la durée. le lieu où nous sommes aboutit.
Tout bien réfléchi nul n'a jamais fait une maison, un livre, un enfant. Ce sont des faits qui résultent de comportements partiels, locaux, circonscrits, aveugles, n'ayant qu'un rapport indirect avec le résultat terminal, en partie imaginaire. Nous sommes déjà les faux dieux de nos produits putatifs. Il nous revient donc de décider si dieu, comme nous, existe ou non.
débris de vent et de nuit. retour frontal des cendres. accouplés malgré nous au vide et à ce qui tient lieu de vide. pore par pore souffle par souffle. même l'immobilité est une saillie inutile
Avec notre haine de la terre et de ses malfaisances, douleurs, détresse, maladie et mort, nous inventons un être qui n'en souffre pas et qui en retour aime et protège la terre. Nous achetons la bonté de dieu avec cette offrande d'une terre bonne et sans mort. Cela nous apaise et le contraint.
supplication valvaire méprisée. sol de crevasses même forme même nom même contenance virtuelle. violence migratoire avant le pas. avant le tremblement du pas avant le tremblement de l'air brûlé qui l'accueille.
Seul les morts peuvent avoir un dieu, que la vie trouble et éloigne. En feignant d'être morts comme les morts nous le sommons de comparaître, sans excuse ni échappatoire.
rejeter pas à pas l'accueil du sol. haine de la terre en tous les os. piétiner les présages. réconciliation crématoire pour plus tard.
D'une manière générale, l'autre nous tue. Nous nous faisons ressusciter quelque part, ailleurs, au-delà de l'autre et de notre faiblesse. Mais, sous forme de dieux et de démons, l'autre y apparaît de nouveau.
en courant encercler la blessure du sol. tracer des cernes. pétrir des bornes. ouvrir un pays de lèpres topographiques. courir autour de la fuite. bête au ventre ouvert signal d'aboutissement. sillon encore plein de mort. semailles de rien.
Déchets du corps, déchets de vie, déchets d'âme. Seul nos déchets échappent à l'annulation terminale. Ce qui prouve par l'absurde qu'il y a une éternité et un être éternel.
torchis de boue et de guenilles peut-être un corps. le dernier déchet signale le milieu du monde. le dépotoir aussi abrite le destin qu'on le traverse on qu'on y meure.
Sous couvert de temps, d'adversité, d'indifférence, quelque chose s'obstine à nous annuler et n'y parvient pas. Jusqu'à la cendre et à la poussière nous démentons le néant. Ce n'est certes pas un dieu qui peut résister à l'injonction d'en faire autant.
moulage de vent face collée à la face. embourbement froid du vide sur les visages. creux par creux description circonstanciée d'une sorte de sol et de terre. acquiescement palpébral à la présence et à tous les noms de la présence.
Nous subissons des douleurs, nous subissons des hontes. Un Dieu espiègle et enfantin nous soumet à des jeux cruels. Nous nous y conformons de bon gré car ça l'oblige à exister. Nous songerons plus tard au moyen de le rendre adulte et raisonnable.
acharnement d'un autre coulé dans l'espace creux que mon visage creuse. la crasse et le sang le soudent à ma peau. il prend racine par les pores. il pénètre par le silence par les mots et par le cri. crabe de mort qu'un pas franchit sans mal.
On n'accomplit pas l'acte de procréation d'une manière ininterrompue. Pour le germe humain que l'humain produit le développement se fait par le retrait et par l'abstention des géniteurs. Ainsi le retrait conceptuel absolu qu'il nous oppose n'est-il plus une excuse pour le dieu créateur.
matrice d'ombre cendre placentaire flétrie de feu. les yeux ouverts dans une aube de vide incendié. tronçons d'herbe noire sur la terre. preuve encore que rien ne sépare le sol de la séquence finie des pas. fracture tâtonnante pour produire du temps.
L'une après l'autre, sans défaillir, l'humanité épuise toutes les formes concevables de l'inexistence. La simple mort, le suicide, le meurtre, le massacre et toutes les autres les formes mineures de l'anéantissement. Il n'en reste guère pour le service de dieu. Et le peu qu'il en reste, nous le supprimons diligemment, au jour le jour.
thaumaturge à rebours. de la fin vers le début un nombre fini de choses. création inversée du monde et du reste. peu à peu jusqu'au néant jusqu'à la glaise jusqu'à l'insufflation.