samedi 1 décembre 2012

Arguments - 1- Dieu - 7- Circonlocution (fin)


qui n'a pas voyagé par la fosse des morts ne sait pas que le monde est dépourvu de portes. par redondance fouillons dans le dépotoir.
Ruines, décombres, cendres, déchets. Ascèse calamiteuse des limites. Disparition étalée, saccage infligé au simple terme des choses. Il est difficile de dissimuler la fin. Réduisons le tout à des débris et le désastre deviendra illisible. Une immunisation en quelque sorte.
le voyage s'emmêlait en ses propres repères glaiseux. tout lieu nodule terminal du territoire exploré. trajet éparpillé et vertical. debout dans la vase. voyage vers le fondement d'eau et d'insignifiance sous le camp. implantation minérale pour conclure.
L'intériorité. Les grands grumeaux de néant, les minéraux du corps, les fluides du corps, les os, la pensée des choses présentes et absentes. Borne en deçà des bornes, limite épargnée par le limite. Non-être à peine souillé qui ne sait pas disparaître.
déportés de nos tripes. la vermine a des privilèges royaux. tâchons d'être les frères de la vermine. flattons les douleurs qui nous habitent.
Les choses, que ça se dise ou pas, que nous y soyons ou pas, se disent toutefois, vers l'intérieur d'elles-mêmes. La motte d'argile instable, avant ton coup de talon, recelait une science complète portant sur ce qu'elle est. Enclave conceptuelle impénétrable, ce savoir, qui nous échoit, nous sera accordé certainement quant il n'y aura aucune chose.
rejaillie de l'arasement des dalles une nervure de fer reprenait possession du pays. ciment érodé jusqu'aux charpentes. purulence bue par une mouche de vent nocturne.
Rien n'est plus lointain. Voici l'éternité. Sous nos semelles, au bout de nos doigts. C'est le dedans des choses emplies de leur propre identité. C'est la palpitation dans la pierre, dans la boue et dans la crotte, des raisons d'être et de ne pas être. Sauf la question par quel biais y pénétrer, se dissoudre dans la cause, s'emparer de l'origine. Être, ça requiert de ne pas être. Cela est donc éternel.
plaies devenues langue morte. cadavre trop univoque. essayons la purulence.
Mouches suceuses d'être, prenons donc possession de ce qui veut bien pourrir. Car où sont les choses il y a de l'être à puiser. Guettons la décomposition des limites, la dissolution de ces guenilles dans la boue, la dissémination des cendres. Entrons en force dans l'au-delà des formes, par la plaie et par l'outrage s'il le faut. Ne craignons plus la borne des choses. On peut dire tout comme si on y était. S'emparer de l'être sans limite que la boue superficielle du monde nous dérobe.
trou dans le sol encerclé par des hommes. approche cérémonielle du chancre et de son double cartographique. la fouille jouissait de sa faillite. semailles mécaniques de tous les lieux vides à venir.
Improbables avatars de la proximité, je compte. Chute, syncope, contemplation, ivresse, coma, pourrissement. Il est facile d'appartenir à l'ombre, d'être identique à la terre. La confusion est une douce mamelle ontologique. Buvons, buvons son lait (bis).
être ici excrément mortuaire d'un dieu mineur. remuer les jambes régénère le monde. mais pas plus loin.
Ce n'est pas grâce aux choses que le monde aura lieu. Excréments fossilisés du néant, ou défécation post-mortem de l'être. Telles sont les choses. Il faut aimer les choses.
distance exterminée entre le coup et le sang. choc réitéré. circularité de la séquence. annonce rétrograde de la preuve. pour que s'accomplisse le jour sans preuves dissimulé dans le passé.
Voilà, la matérialité des choses nous échappe. Ça se retire comme un dieu mineur derrière le nuage ardent de ce qui les identifie. Traits intelligibles, tracés, indices, signes. Fantôme drapé dans ses limites, qu'il est inutile de vouloir saisir. On peut le descendre en vol comme un moineau turbulent. Identifions les choses. Dire le nom des choses est traduire ce qui est en ce qui n'est pas.
la destruction se dégrade malgré les simulacres et les répétitions. on la confondra un jour avec la création du monde.
Charpente du monde, corset de fer plongé dans la corrosion chimique du dehors, interminable surface externe des choses. Supposons le déchet uniquement. Limite et intérieur broyés dans la même farine. Tout serait et clôture et accès, et le chemin du néant demeurerait perpétuellement ouvert.
vestige encore de membres soudés par des jonctions de peau. composant minéral de la clôture. rigidité glaiseuse du sol durci au feu. dénudation disséminée. plutôt insigne qu'os enclavé. charpente résorbée. failles caduques dans l'érosion générale du tumulus.
Quoi qu'on fasse, il y a la peau, étendard de la bataille dont on ne veut rien savoir. Dont on ne saura rien.
larves d'ici. grignotage du grand dépotoir chimique. vide mal fécondé. le firmament se rapproche.
Voici en même temps et l'existence et la disparition. Pures matières sans nom dans la décomposition du dépotoir urbain. Concept et réalité, si le monde avait un terme ce serait ceci le terme du monde. Mais les choses s'interrompent juste avant.