dimanche 9 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu -8-Génération (fin)


Je ne suis dehors que dans la vision d'un autre, présent ou absent. Je suis toujours dehors. Il y a donc un autre, omniscient et omniprésent, et je peux disparaître sans qu'il ne cesse d'être. C'est fortement probable. Mais il ne faut pas essayer. Même en pensée.
croissance rapide des lichens sur la surface interne des palis. disjonction de l'enceinte. au manque de quelques planches champignonement du vide. image du dehors.
Être ici simplement, est une incarcération locale et un rempart précaire contre notre propre absence, qui nous entoure, troublée d'une ombre à peine par cette contiguïté. Nous sommes cernés par un présent aussi grand que notre absence la plus proche, et cette absence est sans limites. Matrice de l'être sans limites qui pourrait le peupler. Si nous n'avons pas dieu, nous en possédons le moule.
le désert croît vers le dedans. le monde est sa propre tumeur centrale. se déplacer dissémine le mal. le corps immobile est une rémission fugace.
Les mots qui le désignent outragent l'au-delà, intact derrière nous comme un déchet de notre migration frontale. Il faut franchir la souillure, parler plus loin que les mots, préserver ce qui perdure derrière les mots. Les remplacer par la prière et par l'invocation, qui laissent vide le lieu où ils prennent forme. Ce vide s'appelle aussi le souffle divin.
tomber devant comme partir. dos enchaîné au creux qu'il laisse. ancrage alvéolaire. absence chancreuse. lieu du monde.
Nous sommes l'inexistant pour d'innombrables créatures, humaines et non humaines, vivantes et inanimées. Rien ne nous permet de douter qu'il y a un suprême inexistant, qui par conséquent existe.
triste escarbille dans l'abolition du monde. voir mon absence à face nue. ni avant ni après partout et maintenant.
Répéter une fois ce rien qui surgit lorsqu'on a pensé tout ce qui peut se penser le pétrit et raffermit comme une chose et comme une requête. Or nulle requête n'est ni sans cause ni sans objet, et par conséquent cette requête a une cause et un objet. Le plus illimité qui soit, qu'on le conçoive ou non.
volte-face captif dans la fixité frontale. le séjour agonise dans sa borne. imitation du vivant. imitation de sa figure extérieure.
Que peut-on dire? Nous avons vu dieu certainement, nous avons perçu certainement un signe indéniable de sa présence. Et cela traîne certainement parmi les milliers de choses insignifiantes que nous avons vues et que nous ne savons pas avoir vues. Rien ne le prouve et rien ne le dément car la réminiscence n'est que réminiscence, semblable à une fiction forgée ad hoc. Même les réminiscences négatives.
impasse circulaire. charogne revisitée. les réminiscences meurent mal.
Le grand mystère est ce qui a été vu, connu, dépassé et perdu. La révélation est un passé mal oublié.
face par face dos rongé par la terre verticale. attente déracinée. butte dressée derrière les hommes. dénégation du premier mouvement. écart fusillé. vide debout autant que les herbes.
Tout part d'une circonstance mécanique. Penser est penser quelque chose. Si on admet ceci, on admet l'existence d'une mutilation terminale que la pensée ne peut ni ignorer ni inclure. C'est la génération d'un néant palpable, qui, ne pouvant pas être défini comme terminal par la pensée qui le subit sans pouvoir le constater, devient flottant et autonome, point de départ de toute la pensée qui ne peut pas se penser. D'un simple trou conceptuel on fait l'omniscience de dieu.
épandage d'absence. semailles de vide. vie réduite à la germination. il n'y a pas de récolte.
À la fin, la vie est identique au savoir. Même d'une main humaine c'est dieu qui ferme nos paupières. C'est ce qu'il fait pendant tout le temps que nous vivons. C'est même son origine.
visages incrustés dans leur boue d'aube noire. peaux de vermine et de marais. grouillement d'oublis. vaste fermentation amnésique. frontière de la réparation finale.
Dernière consigne, ne pas voir la fin des choses, car avant les fin ce n'est pas la fin, et la véritable fin est sans redite. La fin de ce qui finit est notre troisième œil cyclopéen. Il voit dieu.
osculation noire. disparition du monde collée contre la peau. la décomposition du corps prend la suite.