mardi 4 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 8 - Génération (à suivre)



Pensée, perçue, ou simplement supposée, toute chose a une forme, et n'est rien au-delà. Mutilation terminale qui produit l'idée d'un néant fondateur où tout se crée. Ce petit lambeau de vide au bord des choses est la semence du dieu.
poitrine d'os creux. moulage vide. reconquête du pays sur la ligne de front. intention de durer.
L'appropriation conceptuelle de dieu entraînerait ipso facto sa propre annulation, faute d'une instance apte à la valider. Dieu est, pour nous, la perte du savoir qui l'aurait anéanti.
massacre des pas. franchissements morts. victoire sans trace et sans mémoire. ossements poussés devant l'excavatrice. toujours devant. toujours créer le monde.
Reculer d'un pas. Disparaître comme de l'eau qui reflue. Dénuder l'espace paradoxal où germe la pensée de toutes les choses qui ne peuvent pas se penser. C'est le lieu où l'absence devient présence, où ne pas être se transforme en être, et qui devient de proche en proche matrice entreprenante du suprême impensé, quel que soit son nom.
crachat étoilé. fouet de flaques vives. débris de lumière dans les mares. insigne de fissures et terre désignée. fermoir de failles poitrine collée aux gerçures du sol. l'os rassemble alors les diverses directions de la chute. jonction finale des trajets offerte à l'acte de reculer.
Notre incommensurable absence, pure inexistence dans l'avenir, ombre corruptrice d'un passé aboli, dégénère aisément en révélation. Vide fondamental, habitacle d'un être aussi grand que lui, présence absolue mesurée par la plus absolue des absences, gabarit monstrueux qui mesure l'éternel.
sol nu après la chute. voir apparaître vides et indemnes tous les territoires de l'absence. nous les avions pourtant bien conquis et bien piétinés. il faudra ramper encore pour égorger la bête au loin qu'on est.
Je ne pénètre pas dans le temps car le temps où je suis est un obstacle au temps, un caillot, un sceau intact. Je ne pénètre pas dans le temps où je suis, car j'y suis avant d'y accéder. Interdit à moi-même autant qu'un dieu mal conçu. Origine et modèle de l'être inaccessible.
plaine ouverte. tronçons ligneux et vent jusqu'au bord. le temps de passer avait durci. durée fossile. époque privée de nom.
Le temps et l'espace où nous ne sommes pas est immédiatement contigu au temps et à l'espace où nous sommes. On le toucherait en tendant simplement la main, en forçant un peu la pensée, en accroissant notre être à la manière d'un pseudopode. Quelque cause nous retient. C'est de cette façon que dieu paraît être et paraît interdit.
dormir longtemps dans la fange tiède. engorgement du temps dans son propre cul de sac. le pire est maintenant. toute la durée du monde visible et annulée.
Nous sommes le sujet que nous sommes et aussi le sujet qui se voit être. Ce dédoublement germinal, cette scission embryonnaire se transforme en génération d'un dieu et de ses innombrables répliques.
lécher l'ombre faciale. lointain d'eau noire dans la nuit. face vide. monde aux dents mordre et manger. incrustation de chair nocturne dans le grand moule visage creux.
Du jour où j'ai dû admettre qu'un autre me voit, l'image naquit d'un être autre que l'humain, semblable à cette humain que l'autre regard engendre, et qui est moi et autre que moi. Une toute petite transcendance pendulaire, chiquenaude et rebond, éclosion de tous les dieux.
chien du devenir. proie morte. temps aux orbites. retour du monde après la putréfaction.
Nous nous voyons malgré nous quelque peu, très peu, éloignés et à l'extérieur de nous mêmes. Et chacun s'agrippe à la surface de son corps comme un bord d'un abîme avant la chute. Corps dressé en frontière devinée du dehors, comme si nous étions déjà un peu plus loin que l'endroit où nous sommes. C'est donc nous, et non pas le dieu, la source de cet au-delà précaire. Et nous y construisons notre jumeau divin.
vestige rémanent la chose nous enferme. déchet de frontières dans le corps couché. animal vu et revu. traces stercorales sur le pourtour du pays. semailles de terre entièrement intérieure.
La simple conviction implicite et inévitable que toutes les choses existent, et les attitudes de doute, négation, anéantissement, prière, extase qui soutiennent la réalité de cette thèse, voilà ce qui requiert un sujet plus grand que nous, qui connaît toutes les choses. Si toutes les choses existent, il y a un dieu.
rite d'inhumation ralenti par la peau. engouffrement continu de la matière du monde. le corps distrait le prédateur et les choses existent.