mardi 11 décembre 2012

Arguments - 1 - Dieu - 9 - Les sources (à suivre)


Si on requiert du sens, être est absurde. Mais l'absurdité seule ne suffit pas. L'absurdité doit arriver, elle doit être quelque fait. En inculpant dieu on crée l'hypothèse du sens, même trahi, relativement à quoi l'absurdité se constitue. C'est le fondement de notre identité.
hommes marqués d'un nom. dalles piétinées sous le pas du guetteur. visage pluriel. accostage lent des faces sur le lieu des débâcles. l'appétit de la plaie crispait les corps résolument vers la gifle. vers l'ombre des rémissions.
Je sais que mon image existe pour de bon, et pourtant je n'en connaîtrais jamais que des représentations. Plaie insupportable que nous semblons cependant parfaitement supporter. Or, ce qui est, est. Et je ne doute pas que cette image existe. La perte absurde prend ici sa source. La perte de dieu se coule en cette perte.
face à terre. rebond contre le terme. franchir la peau à reculons. s'arracher la fin comme une vieille croûte. survie sanieuse. temps de surcroît comme une lymphe charitable.
Être et ne pas être est le plus pauvre des exploits. Il suffit de se supposer issu de sa propre inexistence. Ce n'est rien, ensuite, que de transférer cette caractéristique à un dieu qui est et qui n'est pas, en même temps et dans les mêmes circonstances, fussent-elles éternelles.
aliment verbal. salive de cendre. contrebande de signes disloqués. un cri cimente le pacte de capture. restituer l'occultation des termes. tenir debout et vomir l'ombre.
Toute vie aura un moment terminal suivi d'un souffle dernier. C'est alors seulement qu'elle existe, une et complète. Ce souffle surnuméraire est le chevauchement toléré entre la vie et rien. Il origine la totalité d'une existence, comme l'haleine de vie insufflée dans les narines de l'homme créé. C'est le dernier soupir, retourné comme un doigt de gant. C'et la respiration du Créateur.
accabler le mystère d'un pas et d'un hoquet. issue inférieure du sens. dire les mots qui correspondent. firmament accroupi avant le coup de pied.
Le lieu où nous sommes absents existe et n'existe pas. Nul ne peut pas dire qu'il n'y est pas, car il n'y a personne pour ne pas y être. Imaginer qu'on n'y est pas requiert d'imaginer qu'on y est, afin de s'y abolir. On ne peut pas vraiment épuiser cette pensée, comme si une sorte de néant ressuscitait inépuisablement, à partir duquel tout se constitue. Y penser revient à concevoir l'acte d'un dieu créateur. Nous y pensons toujours.
en contournant le lieu où s'accomplissent les prophéties de la fin. un vide sûr encercle les butées. bornes mitraillées du pas. terre vide pour féconder l'oubli. vermine des chemins dans la grande veine cadastrale. structure du pays.
Tout part d'une circonstance simple. Nous sommes spoliés de notre propre mort. L'idée de faire le mort, le propos donner la mort en découle. Produire le néant, voire celui de l'autre, c'est aussi donner corps au grand vide fondateur. Celui qui est confisqué par le seigneur du néant qui crée toutes les choses.
debout dans l'ombre du feu. convulsion de fumée. dénudation du visage. tremblement aux genoux. accomplissement plénier du pire des présages.
Le présent se constitue comme une écharde vive, une escarbille qui flambe au cœur de l'obscurité. Le temps est là cependant, que cet éblouissement dissimule. L'occultation du passé, l'occultation du futur est le germe noir d'un témoin absolu. Que nous entreprenons de débusquer par le scandale ou par la soumission, mais qui s'obstine à n'engendrer que ça, un copeau de durée, une étincelle de clairvoyance. La demeure du dieu qui voit tout est ce passé où nous ne serons plus, et ce futur ou nous ne serons jamais.
ruine close. murs hermétiques. espace enseveli. dans l'ombre du nom de l'ombre quelques gestes d'interruption. à tâtons sur le mur reproduction de la fracture. ver de vide grouillement sur la peau. renaissance de la chair dans cette faille d'emprunt. rédemption possible.
Nous existons malgré tout, dépourvus de raison d'être préalable, simultanée, subséquente. Comme si un dieu nous refusait de ne pas être, et comme si c'était cela notre unique raison d'être.
ni le pire ni son vestige. le vestige du vestige du pire est notre mode ordinaire d'exister. une blessure à la chair mime le sang de l'aube.
Connaître le fondement des choses c'est le connaître absolument, à partir de rien, sans que notre connaissance ne le change. Anéantir tous les humains ou se tuer soi-même est strictement équivalent pour ce qui concerne ce réquisit. Il faudrait que tout être humain soit mort, et en même temps en état d'en profiter. Nous sommes contraints de transférer à une autre entité cette aptitude paradoxale, quoique concevable en tant que paradoxe. L'apocalypse est une péripétie quotidienne.
pénitencier désert. clair de lune et lézards sur les flaques de lumière calcaire. visite des lieux voués à l'anéantissement des lieux. salles vides qui tournaient et gravitaient en elles-mêmes. anéantissement local de toutes les absences. broyat de terre claire poussière des noms. semence taxinomique. éjaculat du grand archiviste mort.
La juridiction divine perpétue le cycle du crime et du rachat. Mais sans le crime le rachat se déprécie. Dieu se nourrit de nos forfaits, le mal est le sein où dieu s'abreuve. La prévarication est une nativité.
beaucoup plus pardonnés que prévaricateurs. débauche d'agressions quotidiennes de tourments continuels. les flagellations ouvrent un chemin interminable vers le mal. nous sommes loin du compte. justification inépuisable. l'atteinte est si énorme que la disculpation est infinie.
(du livre 'Arguments - 1 - Dieu' chez Lulu.com et Amazon)