jeudi 10 janvier 2013

Arguments - 1 - Dieu - 12 - L'exposition (suite)


Tendres cloaques de l'inconcevable. Des sommeils irréversibles, des absences fatales, des éblouissements irréparables. Évanescence des cloisons logiques qui séparent la pensée de ce qui ne se pense pas, mais qui peut virtuellement se penser. Houle noire libérée qui submerge la pensée, la contrefait et la remplace.
ombre du temps pour préparer le temps. étourdissement initial. l'heure encore rat de charnier pris dans le fouillis noir du crâne. se rapprocher pour mordre. poussière d'orties premier don de monde alimentaire. l'épuisement guette l'aube et son incendie fictif. plus tard le jour accaparera le jour.
Issus de rien et de ce qui ne se pense pas, voués au rien et à ce qui ne se pense pas, nous sommes par conséquent le Messager, l'unique, intrinsèquement porteurs d'un savoir sur ce qui est éternel et absolu.
un mot un sigle un mur à mitraille. monstres d'évidence qui effraient et blessent l'autre évidence. la certitude basse la sapience embryonnaire la lucidité larvaire encore aveugle. le monde réel est fait des avortons du visible.
Nous voici, pas véritablement présents mais infiniment contigus aux traces et aux débris de notre présence révolue. Présence déjà prescrite et toujours là, qui nous contraint à confesser notre existence, aussi hypothétique et improbable qu'une autre, serait-ce celle d'un dieu. Savoir que l'on est est déjà une mystification théologique.
de loin il y a une seule chose. le regard ronge le nombre. d'une clarté à l'autre morsure du contact. trou encore dans la paroi. coruscations croisées dans la peau d'une eau de mare. si la boue se dressait debout on pourrait se regarder en face.
Il nous fut accordé de voir que quelque chose n'est pas. Voir ce qui n'est pas en découle. Voir mal est un culte. La bévue est une des formes majeures de l'adoration.
regard malhabile. mauvais prédateur mauvais nécrophage mauvais pollinisateur mauvais géomètre. ce qui se voit s'efface avant la dispersion.
Il est vain d'agrandir l'espace de son monde afin d'y faire rentrer l'infini. Il est inutile de le rapetisser pour l'en exclure. Le monde est le chemin que l'infini se fraie pour contourner ma vie, et son voyage dure ce que dure ma vie. Ainsi existe-t-il, bel et bien.
grand lieu. confusion d'un creux pourrissant et de sa paroi exposée. mélange achevé du vide et du déblai gris du vide. dehors difformité ostensible. regard mort traque vers le centre de la chose où il n'y a rien.
Dieu mange le fini. Il mange tout. On peut le voir rôder autour des dépotoirs de l'esprit, éventrer les poubelles mentales. Il n'en mange pas assez.
trappe du temps. engloutissement en nous de tout ce qu'on a vu du monde. décharge noire shéol éteint tout s'achève dedans difforme et glorieux.
Nous sommes manque, et nous le savons, mais pas le manque spirituel dont on nous crédite. Des manques nombreux et circonscrits, comme le manque du spectacle de nous mêmes, de notre propre face, de la jouissance adéquate en l'un ou l'autre de nos organes, et d'autres manques mineurs, des sens et du corps. L'ensemble de ces manques ressemble à un cri vers dieu.
migration pupillaire. larve de la vue égarée dans l'espace. rongement aveugle dans l'épaisseur d'une nuit liquide. trou dans l'ombre drain facial illimité.
En toute certitude nous savons que nous ne savons rien d'une grande partie de ce que nous avons vu, vécu, perçu, expérimenté, et nous soutenons que cela existe. Dieu résulte également d'un arrangement entre nous et nos oublis. Dieu est une convention irrévocable.
exhibition de l'oubli. le regard mange. eucharistie du pire.
On ne connaît qu'une porte pour l'immanence basse qui nous clôt. La blessure et la balafre qui l'exprime. Le sacré est un germe. L'immensité de l'au-delà transcendant tient dans les bords d'une plaie.
à l'instant de la chute spasme d'ombre. cannibalisme optique pupille regardée. germe brûlé autoclave facial rempli de son propre lambeau boueux.
On cherche le lieu où le verrou du temps rouille et pourrit. On le trouve sans cesse et on s'abstient de le briser. À une poussée près nous voyons dieu.
tomber pour voir. jouissance glaiseuse. visage au dessus de l'abîme. charpies de papier et tessons flamboyants. création simple.
Toute chose de présence porte sur elle sa propre empreinte inversée. Si tout ce qui existe existe, ce qui n'est pas contestable, l'empreinte inversée de cela existe également. C'est la chose transcendante et sans limites où l'on fait être ce qu'on veut.
froid d'eau nuit de broussailles. monde et paupières closes palpation frontale réciproque. soi et son absence même ronce humide sur ce mur d'ombre végétale. signe de tangence prolongée. jonction articulée en râle d'un insecte mi transi.
(du livre "Arguments - 1 - Dieu"  chez Lulu et Amazon)