mardi 15 janvier 2013

Arguments - 1 - Dieu - 13 - Le dévoilement (à suivre)



Si dieu est quelque chose, il n'est rien. Si dieu n'est pas quelque chose il n'est rien. Et pourtant, ne pas faire un pas de plus, réel ou figuré, une inspiration, un battement de cœur, semble bien attester une inexistence réelle, absolue et illimité. La seule que l'on peut imputer à un être réel, absolu et illimité. En toute certitude.
talon décharné éperon d'os noir dans la terre noire. ni ombre ni déchet. racine du séjour et repère de l'approche. traînée d'escargot sur l'esquille de fer implantée dans l'ombre prévue pour se blesser.
Ce n'est pas par manque de néant que Dieu n'a pas sa place. J'en produis en vivant d'innombrables occurrences. Et ce néant délimité est la borne d'un néant parfait, issu de moi, apte à contenir un existant parfait, éternellement illimité, indestructible et nul.
trop de preuves. chair usée. ramené ici de force par la main d'un autre. je reviens du fond d'un outrage terminal.
Parce qu'une chose, position, situation, obstacle, se franchit indubitablement, et qu'à partir de là nous supposons que toute chose se franchit, nous inventons le franchissement de tous les franchissements. Et que dans l'au-delà de cet ultime franchissement, qui est sans au-delà, une présence qui ne rampe pas dans sa propre présence pourrait se concevoir.
front franchissable. barrière de sable écroulé. souffle impie dans l'envers de la face. expansion respiratoire du désert.
Je suis, et je me dis. Je me dis à partir de ce que je ne suis pas, à partir de ce que je sais ne pas être, à partir d'un endroit où je ne puis être. Il y a en moi, me concernant, une sorte d'élocution sans locuteur. Vidée de son contenu contingent, c'est la parole de Dieu.
gueule du monde mon absence au loin. haleine de vie soufflée vers moi du fond d'un abîme fruste. puanteur du corps respiration du déchet. chimie ordinaire du salut.
Le verrait-on un peu, même très peu, et il serait devenu analysable, constitué de parties, dissociable et partant corruptible. Notre cécité mentale le sauvegarde. Ainsi devons-nous préserver notre profonde cécité. Mais nous la voyons, et ce qu'elle recèle.
insistance d'un débris d'ombre. pression sur les paupières pour annuler la brûlure du dehors. monde indemne sous la sauvegarde d'une taie. se tenir à l'abri dans cette plaie optique. ombre écrite également sur le mur blanc. vide éclaboussé. l'idée de partir se dénature.
À partir d'ici même et jusqu'à l'infini se déploie le spectre tout entier du néant. Forme en creux de la totalité, qu'inéluctablement nous remplissons en pensée. Le plus lointain qui se puisse concevoir se relie à ce qui est le plus proche par la médiation indissoluble du vide. Il n'y a pas de plus grande transcendance.
rester. retarder d'un pas le saccage du vide. imaginer le départ. razzia mentale dans l'espace qui s'étend ici au-delà de nous. dévastation du voyage à tout instant réussie.
Nous ne sommes pas seulement la finitude, nous sommes le bûcher sacré où brûle l'infini. Que nous devons par conséquent infiniment dénier.
sacrement de la brûlure palmaire. arasement du contact. usure d'une douleur de surface. l'érosion du corps se change en empreinte. aussitôt voir ça et s'en imprégner.
Prenez la pointe d'un clou, griffonnez sur la chaux d'un mur la forme approximative d'un visage, et ce sera aussitôt, irréversiblement, une créature absolue et ineffaçable. Même si on le détruit, cela est, plus sa destruction, un fait unique et absolu dans la séquence et dans la trame de touts les faits qui sont actuellement et qui auront été en fin de compte. Il est difficile de nier dieu, sauf totalement, sans le savoir et, perfection suprême, sans même l'avoir fait.
estafilade au front. encore une lettre pour inscrire le corps dans le temps. éloquence de l'usure et de la précarité.
Si la perte de la vie qui, effective et accomplie, ne dépend pas de moi, est absolue ou n'est pas, rien n'est plus sensé que d'estimer que la détention de la vie est due également à une cause absolue et différente de moi. Mais, comme la mort, on ne peut pas l'essayer pour de bon.
bête de froid au ventre jour mourant dans des tissus obscurs. terre vêtements et plis musculaires. effort de cesser.
Dieu serait–il un moucheron sur notre épaule, le geste de le chasser serait encore ce même moucheron sur notre épaule. C'est ce qui se passe.
soubresauts dans le même. épilepsies blanches. deux lectures convergent. destruction du lieu et façonnement du lieu. pays de bornes.

(du livre "Arguments - 1 -Dieu" chez Lulu.com et Amazon)