samedi 26 janvier 2013

Arguments - 2- L'homme - 1 - L'accueil (fin)


Toujours ici. Malgré le décompte rien ne compte. Malgré le nombre rien ne fait nombre. Tout peut advenir sans terme si le totaliseur préserve de bout en bout son propre vide matriciel.

les plis de terre étalent entièrement le nombre et son engeance. chiffre clair. libre décompte des choses. astre arithmétique multiplié en fragments et schémas. tessons et rouilles. quelques tiges d'herbe préservées du feu.

Ni pas, ni souffle, rien ne passe. Nous n'allons pas au-delà. Non pas par carence, ni par interdit, mais par surabondance, parce que tout est au-delà d'un moment zéro irrévocable. En ce sens, mécanique et réel, il n'y a que transcendance.

itinéraire de l'expulsion. traversée rétrograde. chaque pas qui meurt ensemence le vide. tout est frayé.

Réfléchis. Incident dérisoire apparu dans l'absolu, nul sens n'existerait s'il n'y avait pas ça, toi, ta vie tout court, lettre inscrite de force au milieu de l'éternité virtuelle du sens et de la raison. Frêle artefact, nécessaire malgré tout. Même oblitéré, cela n'aura pas été rien.

tracé d'ongle sur la chaux. manifestation des différences. signe d'ombre mordu par le vide crématoire du mur. fente nominale dans le retrait absolu des assertions.

En allant au-delà nous spolions le lieu de sa primitivité. Nous nous évertuons ensuite à recouvrer ce que de ce fait nous avons perdu. Odeurs de terre, principalement odeur de sexe.

disparaître et se saisir sous forme d'ombre tailladée au mur. séjour sans bord.

On ne saurait mesurer l'immensité de ce silence articulé que constituent les choses. Pour l'autre silence, amorphe et pour ainsi dire sans voix, il est depuis le début trop tard. Les choses élaborent le sens. C'est là que réside l'humanité des humains.

travaux de bouche drain verbal dans les muqueuses. empoisonnement des notions parasites. toxique grammatical instillé dans la réticence à dire.

Le monde reçoit de nous un nom unique, borne conceptuelle illimitée, riche en métamorphoses locales qui assurent sa survie et qui transforment la fin en genèse intérieure, quelquefois maudite. L'intelligibilité du monde survit par essaimage.

dans toutes nos décharges il n'y a qu'un seul déchet. horizon de boue germinale. prolifération du bord vers un centre défaillant. l'illimité se terre.

Nous ne sommes pas ici, nous nous pressons frontalement contre le bord du lieu. Nous épousons sans cesse l'au-delà du terme, chemin ou parole. nous le harcelons d'un accouplement stérile. Cette saillie inutile est notre position.

jonction mortifiée. épousailles par la strie. boue sillonnée de vide. fissure cartographique. franchir mutile le savoir. connaissance inutile. semailles des noms coupés.

En les frayant, nous annulons les chemins. Nous en expurgeons le monde de ce qui le sépare de lui-même. Nous lui fournissons une rationalité mécanique, en réduisant peu à peu l'écart factice qui l'écartèle. Nous sommes la jonction, ce qui abouche tout commencement et tout aboutissement, vers l'identité initiale.

errance à un seul chemin. reste du saccage cartographique commis avant le monde.

Comme un reflux sur le sable notre retrait oint le monde. Une présence s'y attarde dont il serait dépourvu sans notre disparition. C'est par ce moyen que l'humain donne lieu au monde qui donne lieu à l'humain.

dans la vase de chaux quelques impuretés. paille noire écrite après le massacre des paroles. voie ouverte à la décomposition du silence.

Se chercher dans le monde est toujours se chercher dans le monde où l'on n'est pas. Et de s'y retrouver en abolit la virginité et par conséquent nous n'y serons jamais. Notre apparition est une nuée de sauterelles. Nous sommes un fléau bienfaisant. Prédateurs de l'impossible nous mangeons l'outre monde.

nous sommes où ça dit que nous sommes. déchéance péremptoire du lieu. sabotage du départ et destruction de l'arrivée. nous sommes ce qu'il faut.