jeudi 24 janvier 2013

Arguments 2 - L'homme - 1 - L'accueil (suite)


La parole peut mourir en une seule fois. Mais s'il y a deux silence consécutifs, il n'y aura plus de parole, ni de sens. Avec ou sans parole le sens est une perturbation fondamentale et permanente de la tentation du silence. On ne dit rien de plus.

dents sciées par du vent. stylet précis et lettre bien inscrite dans un désert en transit. spasme d'air gorge brisée par son silence de pierre sombre.

Si quelqu'un pouvait partir sans cesse dans toutes les directions jusqu'à l'épuisement des départs possibles le monde serait un séjour clos et sans possibilité de départ. Ceci est pour chacun de nous une virtualité tenace et impérative, et de ce fait le monde est un seul lieu. Habiter est un long travail.

lointain accablé de chemins. horizon mutilé. un peu de sang sur la dalle. pierre de copulation pour rebâtir l'ancrage.

Nous compter engendre l'absence. Chaque nombre du décompte est fini et tous les nombres du décompte sont en nombre fini. On découvre ainsi de quoi on provient. De quel décompte nul, de quelle violence faite au nombre.

présence creuse. moulage de brume jaune qui blesse l'annonce du nombre et des figures. répétition articulée de l'indistinction des faces. une terre une absence. creux du chiffre écriture de boue ouverte.

Partis du monde nous sommes encore dans le monde. Mai, tout en l'expérimentant, nous méconnaîtrons toujours la nullité des mondes qui ne sont pas le monde. C'est ainsi que nous séjournons.

oubli corps mort. déversoir de temps passible. rien ne retient l'incessant retour du monde.

Nous ne supportons pas seulement le mal, nous marchons à l'intérieur du mal comme dans la vibration d'un vieil écho ou dans une pestilence remémorée. Comme une mer morte indécelable l'horreur s'ouvre devant nos pas. Nous ne nous retournons pas pour regarder ceux qui sombrent.

plaine d'argile mémorial décrépit. tumulus arasé par la ténacité des témoins. l'opiniâtreté des regards accable chaque saillie. touffes d'herbes en sursis. déni mal éradiqué. souffle érosif. la respirations des hommes use le monument de glaise et d'ossements. ainsi demeure-t-on dans le pays.

Ce qui nous contre nous fait. Nous devenons de ce fait le plus péremptoire de nos propres opposants.

acquiescement érosif des murailles. passe forcée. écroulements rédempteurs. tout ce qui est sert de gué.

Nous croyons affronter le temps alors que le temps nous traque et nous encercle. Le temps ne se laisse jamais. Le fait que nous existons provient de ses échecs, ou de sa politesse.

course annulaire de l'ombre. jour noué. lettre de chiffons et de ronces. remous de traces dans la cendre. industrie froide d'un système cadastral. grouillement de directions dans la poussière du pays. contact frontal. intelligibilité du rebut.

Cette absence ultime de trace et de présence qui se tient prête ici, sous nous, autour de nous, est un don perpétuel d'espace vierge, de page blanche, qui rend du sens et de la validité aux moindres de nos frémissements vitaux. Nous devons en faire l'éloge et la sauvegarder.

aussitôt vécu aussitôt annulé. tout est révolu. le remous dans la vase est un commentaire désabusé.

Le manque est exactement ici, depuis toujours et pour toujours. Symbiose mécanique, il naît avec nous et il survit avec nous. Garant du vide inaugural, perpétuation du pas fondateur à partir duquel nous existons, et que par conséquent nous n'avons pas accompli. Mais de ce fait nous sommes où nous ne sommes pas, et nous ne sommes jamais ailleurs.

tache illisible les bords du trou et leur ombre. rupture topographique. lieu fixe. ponctuation de boue. notion naissante. création du reste et de l'enchevêtrement des noms extérieurs. le doute a son siège. pays piétiné.

Tu n'es pas ce que tu es, tu ne le seras jamais, tu ne l'auras pas été. Blessé en par tant d'échec, considère que cela n'est rien, à côté du fait que tu es, et qu'ainsi tu as détourné le destin, tu as mis en échec tout un ordre du monde, une séquence des choses et des faits depuis toujours agencée en fonction de ton inexistence. Et cela est définitif. Tu es une parole en plus dans le texte de l'éternité, et quelquefois tu l'exprimes, tant bien que mal.

un désert s'encercle de son propre rebut. le vide durcit. l'absence croît sous le sceau du secret. effraction tardive tout commence.