lundi 4 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 2 - Rencontre (4)


En vivant on s'abolit mais on se crée. Ce que l'on dit communément de la mort s'applique à la vie, et provient de la vie. Être aboli n'a pas de sujet et la non existence du sujet n'est rien pour le sujet. Mais c'est pendant la vie que nous craignons qu'il n'en soit pas ainsi.

bientôt rien. leçon des décombres. on ne s'efface qu'avec soi. déchiffrage minutieux comme un tâtonnement. tout aura été lu comme si rien n'avait été.

On ne se traite pas comme un cadavre, ni comme un mur aveugle. On ne se donne pas du sens en l'écrivant sur nous, que ce soit avec des mots, ou des concepts muets, des coups, des formules, des signes cryptiques. On peut le faire. Mais le sens s'en fout.

tumulus calme. pierres sur le débris d'animal ou d'homme. temps d'ajouter l'insigne adéquate. croix de goudron. étendard de charpies. miction et coup de pied. pour qu'il y ait du sens et dedans et dehors.

On ne se sépare de rien, que cela existe ou non. Ce qui meurt en nos vies aussitôt nous rejoint, et tout meurt. Depuis le premier jour nous sommes la jonction et le recueil. Voyez nos mots.

odeur poussière chaleur et crasse. le corps est le piège et la proie. durer déchire la trame de la révélation. le soubresaut local émet des signes. les choses sont explicites.

La disparition est l'acte surnuméraire. Son récit est le compte-rendu précis et exhaustif de ce que de fait nous vivons. La disparition est multiple et innombrable.

le mur désert converge vers son propre éboulis. une éraflure d'ombre suspend l'achèvement du vide. virgule morte prise dans la chaux. frôlement de mains pour prélever l'écharde. intrusion d'un geste dans l'achèvement crématoire des saisons terminées.

L'échec à savoir est acte de lecture. La dépossession de la lettre constitue un déchiffrage. En ce sens nous ne pouvons pas ne pas tout savoir.

les choses passent. ouvrir les yeux et voir. se dépêcher de cracher sur le passé qui s'attarde. quand tout ça disparaît c'est comme si nous avions compris.