mardi 12 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (1)



Nous provenons d'une anticipation intempestive. Nous revenons vers nous-mêmes à partir d'un futur tronqué. À la façon des fourmis qui inscrivent en marchant une piste olfactive toute pensée laisse trace. Et c'est par ce chemin que l'on descend vers soi. Il faut faire attention à ce qu'on pense.
sentier abandonné à son propre nerf central de boue cuite. pan de mur portant des inscriptions. enclave dans la trame péremptoire d'orties et d'ombre. espace blanc grossièrement délimité. viol du terme. préparatifs concernant la fin. ravage sobre du récit prévu.
La vie se relit. Le réel est le rébus manifeste que sans le savoir nous déchiffrons. Tout est écrit et le reste est la besogne d'un souffleur passif dans nos têtes. Nous ne concevons bien que ce qui n'existe plus. Perdre et connaître est le même évènement.
aube de terre vide. précepte d'ombre. perdre tout. garder un mot. dire la disparition.
Nous ne pouvons être persécutés que par nous-mêmes. Car nous sommes la Bête et la malignité. Mais nous sommes, chacun de nous, de très nombreux humains et c'est là que les choses se compliquent. En tant que suppôts du mal, nous ne pouvons nous tuer qu'au sein de l'oppresseur. Et nous devons le faire.
borne de pierre dans le tohu-bohu de végétaux noirs. à pas comptés retrouver les traces d'encerclement. d'une ruine à l'autre arpentage serein du terme des décombres. bordure du sol décomposée en signes. piétinement obstiné. le déchiffrage progresse.
Nous sommes certainement l'unique chemin qui mène à nous. Et en ce sens nous sommes un chemin parcouru. Il n'existe pas de chemin vierge, serait-ce celui qui même de soi vers soi.
dos au mur sauvegarde de pierre et d'os. fuir obstinément. hurler le nom du chemin. multiplier les récits du passage.
Sur ce que nous ne savons pas nous en savons très long. Un précepte en découle. Parcourir le domaine de notre méconnaissance. Arpenter notre non savoir. Par ce moyen pratique et mécanique en devenir le sujet. Mais ne pas se tromper d'ignorance.
arasement des cendres un souffle les souille d'une lettre éparse. les dents serrées expirer durement la plupart du silence.
Nous savons peu de chose, ne nous en défaisons pas. De la mort on ne dira pas valablement que cela n'est rien. On n'assigne pas à la mort un lieu extérieur. On ne lui fait pas non plus une place dans le monde où nous sommes. Cet équivalent vacillant de savoir est aussi notre itinéraire de vie, pour autant que nous ne l'ignorons pas.
respirer égare. essayons l'asphyxie. aller dans la nuit des choses comme un cloporte mangeur d'ombre. lire le dessous des pensées. l'envers des mots est la mort tangible et déchiffrable. il faut le dire.
Une consolation nous égare. Nous sommes admis à occulter la mort du mort que nous serons, à sauter l'étape, à aller plus loin. Jusqu'à la pierre, jusqu'à la glaise, jusqu'à la trame des racines. Toutes ces choses qui sont ici, quelquefois diurnes et exposées en pleine lumière, tangibles, accessibles et inévitables.
arpenter de pas humains la mesure de ce que l'on peut savoir ici. information épuisée dans la conscience d'un feu explicitement décrit. nul pli sans nom. inclusion simple dans la bonne fracture de la pierre. racine géographique tout se dit dans une même crémation des différences.
La mort est le lieu où ce qui ne se dit pas devient identique à un discours éternel. Y aller pour y puiser. Y aller pour combler la requête du silence. C'est ce que nous faisons, sans le dire.
soleil étranglé. la racine du jour est noire. mourir ici. parachever le propos interrompu. ce qui était à dire naît uniquement en ce creuset transitoire.
Une parole se propose. Ne pas la laisser parler. Laisser arriver les mots. Ne pas croire qu'ils descendent sur nous. Et repartir avec ce qui vient.
bâtir contre le mur un mur de mots et ne rien dire. déployer des lieux indemnes. la peine de voir y déchiffrera ses propres désignations accessoires. crémation palpébrale et sa répétition.
Il y a nos propos, qui, un jour, s'achèvent. C'est la limite de la possibilité d'existence des mots. Et de cette production nous n'en saurons rien. Le récepteur de ça est un autre, humain ou non. Mais d'un dernier hoquet, d'un souffle, d'un râle, d'un soupir nous violons cet espace inviolable, cette terra incognita du sens. Source d'une émission inachevé, nous sommes aussi les maîtres naïfs de ce dépassement.
l'entassement de déchets émet des noms impossibles. l'esprit de l'homme est un dépotoir bavard. dire des choses est un délire inversé. la vérité se dit vers le dedans mais il faut tout nommer.