vendredi 15 février 2013

Arguments - 2 - L'homme - 3 - L'incarnation (3)


Il n'y a pas véritablement de possible pensable ni de pensée possible. Car nulle pensée n'aura su prévenir une fausse doctrine, ni interdire que quelqu'un accomplisse le geste censé transformer en réel ce qui ne peut pas se penser, et ce geste tue toujours. Penser en cette impuissance est la passe obligée pour la pensée, qui ne peut faire ni autre chose, ni moins, sauf à n'être rien, comme le reste.

autant de noms que de raisons de douter. cependant le corps pourra toujours rouler le long de ce tumulus de terre vide. mesure prolongée de l'enracinement. miséricorde terminale des joncs mi brûlés dans la mare d'eaux noires. couché dans le fond de la fosse savoir tout regarder de loin.

L'échec même est la cause du fait que l'échec n'est pas rien. Or ce qui n'est pas rien aura en fin de compte constitué l'unique histoire de l'humanité. La seule dont on serait en droit de dire qu'elle était la seule possible, ipso facto la meilleure de toutes les histoires possibles, si quelqu'un pouvait exister en position de le dire.

la disparition échoue à cause du cri terminal. une sorte de mot fait apparaître tout ce qui est et tout ce qui n'est pas. le silence de même. tuer est inutile.

Il n'est pas absurde de concevoir les choses inconcevables pour autant que ça se laisse concevoir. Juste avant le premier battement de sang, la chose qui existait détenait toute les significations. C'est alors que d'un souffle, moins qu'un souffle, un spasme infime le sens subit sa première fracture, et qu'il fallut s'épuiser à le reconstituer. Un pas mental toujours à faire, qui nous enferme, que nous ne franchirons plus. Finalement le dieu noétique, s'il existe, consiste en cet embryon, cet amas de cellules d'où nous sommes issus.

palissades et ruines de pierre indiscernables. écroulement aux bornes du pays méconnu. information pléthorique. déversement continu du gravois mental. éboulement d'un concept de chaux et de sable. monument traduit en désert de pierre. naître sans signes.

À ce qu'on dit on pourrait concevoir une moitié du corps, mais jamais une moitié de l'âme. Concluez. Mais nul n'a jamais conçu un corps tout entier, pas plus qu'une âme toute entière. C'est ce vers quoi nous œuvrons, et l'aboutissement à chaque instant aboli.

rien ne nous dit. spasme de glotte ou cendres respirées nous simulons sans cesse une parole qui nous connaîtrait et qu'en existant nous malmenons. mus par l'espoir que ses mutilations finalement diront ce que nous sommes.

Actuel et virtuel, le néant. Nous subissons l'annulation, puisons-la. C'est un pari. Abolis, tombés plus bas que l'outrage, nous n'en connaîtrons pas la douleur. Si nous y resurgissons, nous aurons par ce moyen purifié le sens et ce qui porte le sens, c'est-à-dire tout ce qui existe où nous sommes quand nous sommes. Et nous pourrions commencer.

ignorer l'herbe et l'humus. contourner durement les décombres. laisser derrière l'absence un vide indémontrable. clôturer le sens.