mardi 19 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 5 - La Passion (4)


Pour rejeter l'au-delà encore faudrait-il que tu sois où tu es, et que tu puisses y demeurer. Mais ce présent de ton corps, où tu es, n'est plus que la dépouille d'un présent déjà passé. Tu es affligé d'absolu, du plus bas des absolus, mais tout de même. Et tu n'as pas le pouvoir de le restreindre ni de l'abaisser. Ta déréliction locale est aussi le soubresaut mortel qui te précipite dans l'éternité.
mur de peau outrepassé. paroi mère. matrice inépuisable de tous les autres murs. engeance insoupçonnable toujours franchie toujours piétinée.
La Passion continue, le Sacrifice s'éternise. En englobant ta pensée dans son être, il s'inflige une écharde vive qui blesse son omniscience. C'est aussi le crampon de fer qui vous ajointe.
silence et crissement de paille sous le poids du corps. du front aux orteils savoir et durer. axe médian du mur sillon de fondation infranchissable.
Ton échec est une petite Passion, accueille-le comme un don. Comme l'enfant que l'on instruit en lui montrant des images, tu ne comprendrais pas la Passion si tu ne l'étais pas quelque peu toi-même. C'est une Passion incomplète, dépourvue de rédemption. Elle ne te sauve pas de l'échec. Elle te sauve de la séparation, qui est démoniaque.
ce qui est le voici. déchet d'une hypothèse. excrément de l'énorme bête impossible. ça fait terre. ça fait monde. ce que nous avons.
Virtuose ou apprenti obstiné qui refait cent fois le même geste, tu revis chaque jour le cycle entier de la vie et de la mort. Dieu t'apparaît ainsi, alternativement, comme tout et comme rien. Ta vie est cet exercice. Ton savoir de vivant est comme un clignement des yeux.
l'épuisement recueillait les corps l'un après l'autre dans sa miséricorde stricte de désert et de broussaille. rémission durable. durcissement d'argile aux flancs. fouet de feu plus rapide que l'intention de finir.
En annulant ta vie tu dénudes l'absolu. Mais en disparaissant tu le laisses à la merci des autres vies, scories qui le souillent et l'obscurcissent. Ne soit rien, mais ne disparais pas. Ce peu d'existence sera la paille dans le métal pur de l'absolu. Mais c'est ainsi qu'il peut perdurer et t'apparaître. L'absolu peut souffrir.
traversée du champ de tessons et fragments de poterie. fuir toujours l'empreinte que le corps inscrit dans l'étendue. casser sans cesse le moule que l'infini requiert pour mouler et produire l'homme fini. en franchir chaque jour les débris inutilisables. empêcher la création.