mardi 26 mars 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (1)

Le monde se pense. Il devient un contenu de la pensée. Le monde est donc dans l'humain, du ciel inaccessible jusqu'au dernier caillou écrasé sur le chemin. L'anéantissement du monde par le monde est impensable. Seul l'homme a un possible, voire négatif. Lui seul peut penser la disparition absolue et, de ce fait, lui seul est apte à tout fonder.

le sol se soumet. lettre brisée nom de terre détruit. cache d'argile cicatrices déchues. dénégation piétinée. sous la croûte de boue brûlée cavité du corps qui se visite. pétrissage dur des vases intérieures. geste natal remodelé. interférence de vers et de racines. savoir identique avant et après l'intrusion.

Issue de nos œuvres la certitude accable le réel. D'innombrables certitudes, empiriques, intuitives, perceptives, tautologiques, mathématiques, sentimentales, comme une légion de démons clairvoyants lâchée sur le monde qui est ce qu'il est. Nous suscitons ce fléau parce que nous sommes passibles de doute et de folie. Et le monde y acquiert son objectivité.

tout se montre violé d'évidence. face offerte. plaie au mur chancre lucide. on ne verra rien d'autre.

L'homme est fatal à l'au-delà du monde parce c'est là qu'il sévit. De fait et négativement, sous forme d'accréditation et sous forme de destruction. Car il nous est consenti de penser de chaque chose, éminente ou infime, que cela peut ne pas être, et comment ce serait si cela n'était pas. Ainsi sommes-nous les maîtres spirituels de tout ce qui existe.

convergence des choses et de l'espace vide qui sépare les choses. renaître dans une bave de durée blanche. doute momifié.

L'obstacle à ce que nous soyons identiques à nous-mêmes a exactement notre forme. Celle de nos actes, de nos corps, de nos désirs. Y compris celui d'être identique à soi-même.

dans notre dos passé du monde. dépotoir brûlé avec personnages. fuyards d'instinct. instruments nomades du rejet. avant de disparaître il faut donner accès. il faut nous contourner. grincer des dents pour faire signe à l'inaccessible. lacérer sur nous les téguments du retrait.

Nous provoquons la différence non désignable entre le monde et le monde, où s'insère la désignation. Le monde tout entier et la totalité de ses noms s'engendre en cette faille mécanique. Nous sommes en même temps la coupure et la jonction, la déperdition et le comblement.

ayant perdu nos os et spoliés aussi de nos haillons du temps primitif nous divaguons sur le sol. nous nous dispersons sur la terre pour répandre partout la même détresse.