mardi 2 avril 2013

Arguments - 2 - L'homme - 6 - Consécration (4)


Nous ne voyons pas la disparition du monde, ni son établissement. Nous voyons sa formation, si nous voyons. Dans la pâte du présent nous sommes pétrissage.


la mouche qui vrombit derrière notre épaule est déjà l'irréversible. la sueur à la nuque baigne déjà le monde perdu. la volte face achève l'univers.


Le corps nous expulse. Cette opacité nous afflige. Et cependant perdre le secret du corps c'est réduire au silence toute révélation.


douleur contrainte. ventre contre la tige de fer saillante dans le bourgeonnement du ciment cassé. implantation de l'élan du départ. corps figé en bloc de béton explosé. la chair se cramponne à sa localisation natale.


Corps comme c'est, ustensile frustre de l'amour qui nous échoit. Qu'il vienne de nous, d'un autre, de dieu. Même le lien du christ au père a dû passer par là.


griffes d'os et nœud de tripes. cœur explosé. bête à un seul forfait le corps nous tue d'abord. un peu de souffle et de crachat pour tout entraîner dans notre perdition.


Chaque mot, prononcé ou non, émis ou retenu, provient de la totalité du sens qui aura été possible en fin de compte, comme un éclat de silex issue de la grande roche accidentelle que sont nos vies.


restitution des matières exprimée par une grande gifle d'ombre. cri du temps à la bouche. goulet du démenti. corps vidé de ses nomenclatures.


Dire rien ne se peut pas mais cesser de dire si. Laisser béante une bonne plaie sémantique. Le Verbe qui dit tout, le si célèbre Logos est cette éraflure ouverte au terme de tout propos.


nuit pourrissante. vide ou pestilence voici le ventre fécond. accueillir ça à pleine face et murmurer. rendre le néant identique à son nom.