jeudi 16 mai 2013

Arguments - 2 - L'homme - 9 - L'impasse (5)


Chaque lettre viole le savoir. Rejetés du terme et du fondement, ancrés en ce lieu pauvre, nous sommes la horde qui campe en pleine ville, sous les fenêtres du Prince, fatals aux prêtres et aux seigneurs. Nous sommes la décadence, nous chevauchons à cru les flancs de l'histoire.

plus loin la décharge. dépotoir de vieilles archives. la fosse de papier interrompt la prolifération des certitudes. crématoire symbolique d'un savoir qui déborde. ici naît un nombre ultime.

Non nés, non vivants, c'est alors et alors seulement que nous ne sommes que parole. Entre les deux nous ne pouvons être que du silence violé.
trop dit. asphyxie délibérée. préservation des mots. imitation du silence terminal. cracher. outrager le grand secret.
Nous ne sommes pas la vague, ni le vent. Nous sommes le sédiment déposé par le heurt des vagues et par le croisement des vents. Et nous sommes le signe intelligible de ce qu'il en est ainsi.

plus tard visite des lieux vides. terrassement du camp. vestiges à glaner dans les déblais. archives et insignes. lambeaux d'affiche défaits. bientôt savoir fossile.

Le passé tel qu'il est se dissout sous nos yeux, tandis que le futur se fige pour toujours. À la jonction des deux un acte de lecture. Le futur lit le passé et c'est toute la lecture qui existe. Il n'y a pas d'espace pour la pensée présente.

larmes et limailles aux yeux. cécité vaut lecture. paumes déchirées sur les yeux. la plaie mange les lettres. le cycle se referme.

Tous les signes sont enfermés. Il n'y a pas de sens flottant. L'essentiel de la pensée réside en ce qui l'enferme. Rigueur, folie, page blanche, tesson de poterie, peau tatouée, fosse commune, vieux sédiments.

encerclement résolu. frontière de planches autour des traces. notre immobilité renforce la perpétuation des preuves. à la façade vide néant encadré dans la fenêtre centrale. en bas terre nue. feuille de journal durcie dans les branchages noirs.