mardi 23 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11 - Le retour (4)

La possibilité de dire est inépuisable, mais vers le bas. La moindre chose est métonymie de l'absolu, et porte en elle une exégèse infinie. Même la cendre et la boue, surtout la cendre et la boue.
face à terre nuque écrasée. bouche ouverte dans la boue. ne rien rejeter. prendre ce qu'on a. le pire est vase toxique et mucilage natal. partir du mort et ne pas oublier.
Pour procurer à la parole un instant d'apaisement l'implanter là où il est certain qu'il n'y a plus rien à dire. Dans l'extrême nullité de la nullité du monde, le dernier déchet du dernier déchet, le plus vide du désert le plus vide. Mais il arrive qu'en cette dernière écaille de quelque chose, différente de rien, tout ce qui est à dire renaisse et se reconstitue. La parole ne cesse qu'en elle même et c'est alors que nous mourons.
nuit de tous les noms. territoire noir. irruption de signes tronqués. tiges et floches découpés sur le ciel. coruscation éparse. fenêtre brisée fichée de biais dans le déblai. au cœur de la fin rien ne finit plus. guidage miteux et univoque.
L'indifférence nous désigne. Gens, bêtes, choses, ciel et terre, tout semble nous reconnaître, comme qui appose un nom en passant. Le monde nous prend pour un autre. Il faut y retourner sans cesse.
pas un seul nom d'humain ne manquera à l'appel. il n'y a pas de mains pour en effacer un seul ni d'esprit pour l'annuler. morts et vivants dans le même décompte. les choses aussi.
Pour supposer le monde où nous ne sommes pas, nous devons imaginer notre implantation et notre retrait. Mais le retrait survit. L'absence n'est jamais pure.
boue instable pour témoin. fragments du râle et du soubresaut. bête longtemps suppliciée le départ remue et souffle.
Carnassiers discrets, notre proie est le néant. Mais nous n'irons pas plus loin que la morsure. Le néant se mange vivant.

corps dans la vase exilé de la mort. il y aura eu un seul départ et une seule disparition. le néant ne se débite pas. ça a déjà commencé.