samedi 27 juillet 2013

Arguments - 2 - L'homme - 11 - Le retour (6)

Chaque mot, même récapitulatif, reconstruit l'histoire. Mais ce sont les mots, pas l'histoire, qui subissent cette condition. Il est inutile de le redire.
frontière fuyante. la ruine avance vers nous et nous envahit. les décombres se reconstruisent au fond des gorges. un cri pour araser le passé.
Soit la résolution de dire ce qui est, et de ne jamais dire, de quoi que ce soit, que cela n'est pas. Le voulant ou non, s'y tenir. La liberté est à ce prix. Dresser un mur conceptuel et habiter en sa brèche. Mais la vision caricaturale, qui dissocie la contrainte en mur de pierre et désert inarticulé nous hantera toujours quelque peu.
ruine militaire. au creux des dunes casemates de ciment et de lichens. observer furtivement la crevasse centrale. ombilic contraint des jours et du voyage. migration menacée par son origine noire. on n'ira pas plus loin.
Depuis le commencement le sens est soudé au sens, et comme pris dans un unique sillon d'exode. Continuité mécanique, certainement indéniable, circonstancielle et absolue. Notre parole est un incident dans cette infinie migration linéaire, dont les tenants sont trop lointains, et les aboutissants trop problématiques. Un jour nous ne parlerons pas.
fouet de branchages. vent boueux. visite du creux frontal. déportation commencée déportation infinie. l'expulsion se perpétue. l'aboutissement est notre propre face seulement devinée. nous progressons dans l'exode.
Quelque chose se dit, mais nous l'apprenons après coup. Nous croyons tout d'abord que nous effectuons nous mêmes cet exploit local du sens. Il faut marcher pour savoir.
même ce murmure de vase foulée engendre un doute ayant trait au silence. martyre terne du passage. grisaille de terre nue qui attend.
Le monde apparaît sous la forme d'un acquiescement fort à la destruction de l'autre monde. Cet autre monde n'a d'autre réalité que sa destruction explicite et articulée. Ainsi existe-t-il. On ne détruit pas un monde étranger au sens.

raideur résiduelle des murailles écroulées. baraquements en ruines. la terre comporte ici sa propre dénégation. rester debout devant l'inhabitable. arpenter ses incarnations factices. le corps ne sert qu'au retour.