jeudi 8 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 12 - La création (5)

En toute défaite, même définitive, le reste doit demeurer visible. Ce reste écrit l'histoire. Car chaque vie est sa propre défaite, et elle n'est la défaite de rien d'autre.
halte dans la confusion de la décharge. observation prolongée d'un lieu vide. borne orbitale astreinte au tracé de l'enclos arasé. fondations visibles du fortin. habitacle terminal. lieu scellé. sacre tardif des ruines. incendies de goudrons et de déchets. foyer et origine d'un monde purifié.
Le monde prend sa forme en se heurtant à nos limites. Qu'il s'écarte de nous, qu'il nous envahisse, et il disparaîtra. L'unique fondement du monde est notre extériorité.
vent aux yeux monde larmoyant. le point du jour est une ponte invisible. parasite mangeur d'yeux le visible s'y incruste et s'empoisonne.
Le monde ne surgira pas, intact, à notre disparition. Il sera troublé par cette énorme tache noire, la mort incompréhensible. Source transitoire de l'intelligibilité du monde, nous sommes ici bas pour l'en préserver un temps.
vent noir et corrosion du temps. goudrons et oxydes sur toutes les saillies. revenir ici et posément éroder les repères. attribuer un nombre à chacune des fractures pour ne pas perturber la description posthume du pays.
Le monde se creuse et se vrille pour nous contenir et nous résorber. Mais nous portons en nous des paroles irréductibles et notre résorption est fécondante.
évidence corrosive. sacrifice de l'intrus. acide lent des images. exhibition du visage enfoncé dans la touffe d'herbe sèche. voir la terre nue et attendre la rémission.
Il n'y a de désert que d'abandon. Non pas au sens du départ, mais de l'abandon du départ. Car nous sommes tous ici et le monde peine.

mémoire close hangar de camp cerné de rues et de vide. charpente noire agencement brut des preuves. le temps dit et redit ces mêmes planches ces mêmes poutres enchevêtrées. le désert ne quittera pas ce lieu.