jeudi 15 août 2013

Arguments - 2 - L'homme - 13 - Le possible (2)

Sans notre déréliction l'absence de ce qui manque ne serait rien. Nous produisons le monde qui existe en faisant exister les mondes qui n'existent pas.
ce que nous saisissons est le lieu de jonction de tous les mondes absents. même nos mains apposées sur un vide.
Nous n'arpentons pas le monde, nous nous trimbalons d'un lieu à l'autre. Nous sommes à nous-mêmes un pays tronçonné. C'est le monde qui traduit ça en séjour. À son gré.
pierres nues écroulées d'un ancien désastre. fragments d'édifice distribués sur tout le terrain vague. construction d'une cité de bribes. identification lente des éléments d'architecture. linteaux et barbelés. chapiteaux et sections de voûte. habitacle diffus dans la séparation des choses. saccage logique du séjour. avancer seulement contredit la défaillance du monde. interruption cachée au cœur du désordre. pas suspendu. boussole exténuée.
L'objectivité du réel consiste également en ce que l'autre manifeste qu'il est. Or, par nature, l'autre interdit le monde et nous impose une construction achevée et anonyme, banale ou extraordinaire. Le désordre instauré en l'autre nous ouvre une voie d'accès. L'autre quelquefois s'en charge et c'est heureux.
monde trop bien ordonné nous n'étions pas faits pour ça. de la terre aux ossements la conséquence est bonne. mais le chaos préserve. la titubation reconstruit l'espoir.
Pétris d'histoire nous ferons parler malgré nous la pierre, la boue et la cendre, les sillons et les envols de la cendre, et toute les choses que la nécessité nous somme d'approcher, de piétiner et de franchir.
crypte circulaire. voûte écroulée enclose d'un seul mur. cailloutis du sol crissant. jour de silence broyé. démenti prolixe graine du déni attachée aux semelles. entre deux pas une pause pour concevoir des murailles érigées. aucune pierre n'est innocente.
Tenter l'illimité sans saillir les limites c'est produire une engeance perverse, un peuple ravageur qui se tapit et attend son heure. Les limites infécondes dégénèrent et nous rongent. Tout franchissement est spermatique.

lecture de la terre. chute ou élévation suivant la proximité. pour le corps qui s'écroule tout devient chemin.