mardi 20 août 2013

Arguments -2 - L'homme - 13 - Le possible (4)

Abandonner le monde le régénère comme une bonne jachère. Mais nous ne retournerons pas le cultiver. Nous sommes l'abandon du monde.
création de mondes par simple déplacement du corps. destruction placide des esquisses et brouillons vers un terme irrévocable. petites apocalypses mnémoniques. cataclysmes sporadiques.
Le jour est un animal timide. Notre tumulte l'effraie. Il s'entend à fuir selon toutes les ruses de l'animal qui fuit. Par mimétisme il se confond avec le néant, il s'éclipse dans l'obscurité, il détale et fait faux bond. Mais nous n'avons pas besoin du jour.
bête de trou regard dans l'ombre. molle rémission de boue nocturne dans le dessèchement d'un midi de chaux. chardon et lézard à même le silence. durée du chiffon décomposé et durci entre deux blocs de brique. gestation de momie inachevée. le jour brûlé sait habiter en lui-même.
Nous pouvons guérir. Nous pouvons refermer nos brèches, suturer nos entailles, cautériser nos chancres. Nous pouvons fermer au monde toutes les portes qui mènent à lui, et le laisser crever dehors. C'est une question de temps.
fuir vers l'intérieur du pas. saccager les bornes du lieu. supplicier le séjour. attendre la chaux et la cendre de la cicatrisation.
Chacun de nous est pétrin, moulin et four, fabrique d'un pain de signes où toute chose est bonne à moudre. Sans oublier la douleur.
douleur de vent et de sable. attente neutre. peau de la face mitraillée. inscription du nuage revu avant et après le souffle de cendre crématoire. précision simple d'un signe. station figée. par les yeux par la peau par les naseaux la bête apprend.
Ce n'est certes pas en nous, ni dans notre for intérieur ni dans notre entendement que la raison d'être des choses se constitue, mais entre deux disparitions successives de n'importe quoi, moule et matrice unique de tout ce qui est. Ciller suffit mais ce n'est pas nécessaire.

création de signes par l'accouplement de deux destructions successives. silex de néant étincelle capitale. tout naît.