mercredi 18 septembre 2013

Arguments - 3 - L'être - 1 - L'arrivée (6)

Seul les choses peuvent révéler la forme exacte et le moyen effectif de leur propre disparition. Seul les choses pensent contradictoirement l'éternel.
genèse noire. fosses et broussailles. territoire infranchi. embryon du grand séjour.
Nous pouvons penser qu'il n'y a rien. Nous avons accès à l'épreuve du non, et il nous est accordé d'accomplir le parcours de l'anéantissement. Le néant est la grande passe permanente. Il y a quelque chose. Mais chaque chose est un message venu de l'abîme. Tout est réapparition.
murailles tronquées et palmes sèches. amoncellement d'architectures gisantes. monde pas plus étendu que le pas d'un homme. la reconstitution du camp se laisse cerner continuellement par sa propre poussière. cendre de terre. pays possible.
Sauf à n'être pas, l'approche de l'être est un recul. Le recul est le chemin qui ne finit pas. C'est l'infini qui a lieu.
cité de ruptures. ruine organisée. débâcle arithmétique. articulations de la pierre mêlées à la pierre dans un seul tas de décombres. un nombre juste et creux qui accroît le monde.
La précarité du monde est la fissure fumante sous le trépied de la Pythie, l'accident qui parle de tout sans qu'aucune chose ne l'entrave.
entre les poutrelles tronquées rumeur d'un vent corrompu. tournoiement sur place lanière d'affiche jaune. fouet d'un doute. momie sèche d'une ombre d'homme entre les poteaux qui circonscrivent l'aire de guet.
Aucune chose n'aura été si une trace n'en exprime et la disparition et la perpétuité. Nous sommes accablés de traces. L'être est.

la douleur fissure l'oubli. la chute périme la fuite. la boue et les décombres s'affermissent autour du corps écroulé. même ces déchets constituent une attestation d'éternité.