samedi 16 novembre 2013

Arguments 3 - L'être - 3 - Trace (2)

La connaissance de l'être est indivise, première et immédiate. Voir ce qui est, vivre et penser, c'est s'amputer de cette faculté originelle. Cet acte correspond exactement à la créations de nos œuvres qui se tiennent dans la gloire discrète de l'en deçà.
douleur quête unique. braconnage du mal. revenir de l'enfer avec sa proie entre les dents. s'en vanter. se prévaloir du désastre.
À l'épreuve de tout dire, de l'œuvre au bavardage, un silence sûr se perpétue. C'est ce que nous donne l'être qui ne se dit pas. Parler déploie toutes les formes possibles d'y obtempérer.
nuit assoiffée au bord de ses brèches. flamme intermittente crémation des noms vue et revue. sommeil intercalaire trop longtemps prolongé. l'obscurité boit l'obscurité et l'indistinction des termes sert à ressouder toujours la même tumeur noire. ombre mordue. dents serrées noyau d'une nuit de pierre.
Nous sommes chassés vers l'être, mais pas irrévocablement. Car, faute de pouvoir se répéter, tout anéantissement vrai s'anéantit. L'autre anéantissement est réitérable, et pour ainsi dire purement rhétorique. C'est l'exploit fondamental de la pensée et l'origine de la possibilité de penser.
passer dépourvu de plaies et d'achèvements. désastre inaccessible bête de tanière tapie au fond de la chair. obstruer l'accès et faire crever ça. ne plus jamais le dire.
Il serait nécessaire d'avoir fini de dire tout ce qui peut se dire sans pouvoir ni dire ni savoir cette fin elle-même pour que la nomination de l'absolu puisse avoir eu lieu. Il est bien possible que ce soit exactement ce qui se passe.
la fin encore. toute douleur achève la séquence des douleurs. corps forcé apprentissage fort des aboutissements. cela se sait. cendre avalé de nos os.
Il y a un manque à dire sur lequel nous sommes sans pouvoir. La parole s'en charge seule. Parler est remuer cette cendre, sillonner cette omission, touiller ce résidu. Ce travail crée le reste, le manque et la parole.

préservation des yeux dans l'incendie. mots intacts dans les décombres. conscience impassible. savoir mangeur de mort. absorption rituelle des débris. manducation du déclin.