jeudi 14 novembre 2013

Arguments - 3 - L'être - 3 - Trace (1)

Tout se voit, et rien n'est plus visible que l'esquive de l'être. Ce qui s'offre à la vue est le sillage d'un rejet, la traînée du regard qui retrace une disparition. Même la perte a sa lettre.
nuit traversée de phares. lumière fixe dans le cercle d'ombre. la durée brûlait. souffle de cendre pour retenir l'assertion. survie sans conséquence.
Toute chose comporte la virtualité immédiate de son propre néant. L'anéantissement dénude l'être comme une langue de chien sur une plaie. Débridée jusqu'au sang, jusqu'à la pureté terminale. Cette purification est la petite grammaire du dévoilement ordinaire.
aube mécanique sur les friches. miséricorde inutile. dressé debout voir. chaux diurne sur la plaie. cautère transitoire. séquence ouverte.
Congestionnés d'existence, nous sommes à la recherche de rien, une trêve, un souffle, un soupir dans la foison compliquée des choses, dans ce bourgeonnement, cette prolifération des êtres. Ou au-delà du firmament, ou en deçà de l'ultime grain de poussière. Mais où il n'y a rien cela se dit encore et tout se renoue par le sens. C'est la grande phrase où tout se dit.
précarité du pays visible. surface de bois argenté par l'usure. durée déserte. fibres saillantes et pointes de rouille disséminées. les signes s'accrochent malgré le regard détourné. bois de nerfs et de nœuds réduit au sens. papier jauni et touffes d'herbe sèche. juste une sorte de lettre dispersée.
Il n'y a pas lieu de chercher la limite, ni de chemin vers la limite, limite du sujet, des choses existantes, de la parole. Car la limite est atteinte initialement. Ce heurt est un fait premier et penser, comme voir, consiste à le réitérer.
passage dans les décombres. baraquement de planches écroulées. inscription de cassures. empreintes mutilées. cri de la limite.
Serait-ce telle interjection hors du sens, le fait que cela commence et que cela termine accomplit entièrement le parcours essentiel de la pensée, où être et ne pas être clignotent pour signifier tout le reste.

gorge noire manger l'esquille de vide en absence d'un mot noir et pourrissant. face au creux de nuit chemin d'une seule coruscation plate. reptile plat écailles de fer et de déchets rouillés. broyat de jour naissant. commencer ici.