vendredi 16 mai 2014

L'Approche 2

Sinon le néant véritable, sang conceptuel de l'être, il est possible de produire son jumeau monstrueux et interne, au sein même de l'existence de ce qui existe. Simulacre dénégateur et moyen d'ignorer que le rien véritable est une possibilité permanente.
butte de décombres et rien. ombilic crématoire du champ de restes. menace de feu dans la trame indistincte du déchet végétal. partout rétention dure du prochain incendie. transition amorcée vers les saison du vide.
Sauf à ne pas penser nous ne ferons pas l'économie d'une perte, d'une violence, d'un acte de destruction. Car l'être est ce qui reste, rejeté, autour de chaque énonciation. En ce sens la parole est toujours double. Elle ne peut pas s'approprier ce que son propre exercice produit et révoque.
déguisé en corps l'aboutissement nous traque. l'arrivée nous harcèle. nous os désignent le terme. la fin nous barre la route. pour faire un pas brûlons le bord du pas.
L'acte essentiel du langage est de tuer le langage non pas en tant qu'acte qui a lieu mais en tant que chose générale et virtuelle. Car la parole aboutie succombe dans le silence irréversible qui succède. Il en résulte la mise en place de procédés rhétoriques calqués sur cette perte qui nous permettent d'anticiper la destruction. Cela produit tous les noms de l'être qui ne se dit pas.
archipel de braises mortes. disposition fixe des jonctions internes du désert. pierre et vase pétrifiée. similitude des noms. terre en route vers un nom de terre unique. morceaux de fer enclavés dans la boue. figure d'incendie l'identité consume les déchets. glaise et cendre des noms pour repartir.
Ce rien qui, voire mal, se glisse entre ce que nous sommes et ce que nous sommes est la première insufflation divine, magique ou médicale instillée dans nos narines. L'ouvert irrécusable qui, parlant, nous interdit de parler, nous. Car cela ne se peut pas.
être défaut. porter la faille véhiculaire. ne pas interrompre l'épuisement des choses. laisser passer le monde entre l'os et l'oubli.
De simplement tenir debout nous sommes quittes en ce qui concerne, quant à l'être, le fait de dire ou d'exprimer que cela est. Dette qui ne peut ni renaître ni croître, même à notre chute, qu'elle soit ou non finale. Nous aurons été à la hauteur.
rotation des murs autour d'une chute fictive. décombres rongées aux ronces encerclement achevé. crêtes calmes habitées de leur sable à insectes. roulade douce sur les gravats. issue murée dormir.
Nous concevons les opérations mentales portant sur l'être comme des travaux de laboratoire. Nous aspirons à l'amener sur nos marbres, nos paillasses, nos multiples plans de travail. Encapsulé dans des mots, disséminé dans nos veines, dissimulé dans les actes du corps. Mais nous n'aboutirons pas.
esquive sourde avancer. ne pas s'outrager soi-même. ignorer la chair et la matière du monde. ou bien traverser le corps et savoir. premier frayage.
Le lieu immobile dans la pensée s'exprime par la rotation de la totalité de ce qui n'est pas lui. Manifestation si lente, et si inépuisable, qu'elle ressemble à une occultation.
on avait foulé en courant le relief vif du terrain. aplani les signes et arasé les orientations. germe cependant nu pierre nue dans le grand piétinement.
Si nous trouvons étonnant qu'il puisse être question d'absolu, d'infini, d'essence et d'éternité, le fait que quelqu'un dise quelque chose devrait également nous frapper. Car aussi énorme soit l'objet, et démesurée la notion, cela requiert un humain, la plus chétive chose qui soit. L'être qui se dit quémande la précarité.
extermination mécanique. annulation de l'autre. être ici épuise le monde. l'arrivée crée le désert. il n'y a jamais eu personne nulle part. terre remplie d'un partant furtif.
Toute parole est râle, stertor, spasme de glotte, strie noire qui entaille l'évidence immédiate de l'absolu. Crabe d'obscurité agrippé au néant, îlot d'ombre dans le jour primitif. Et tout ce qui est se hisse sur ce radeau de fortune, et le surgissement de tout est ainsi océanique.
le radeau de vase heurte la digue. le terrain s'obstine contre son propre bord. nerfs sismiques immobilité d'hommes debout. effet de brume et de nouveau rien. vide barré d'herbes grises. absence raturée.
L'homme est l'époux du néant, éternellement spolié de sa progéniture. La descendance nous précède. Au-delà nous ne savons pas.

clarté du jour sans homme. voir tarit le néant. soif infligée aux choses. dessiccation très pure. concrétion saline indestructible. le visible est une privation.