mardi 1 juillet 2014

Le cercle 3

L'impuissance à penser le néant est un néant. On ne sait pas ce qui pense l'être.

penser l'abandon. creux dans la nuit de sable noir. rouler de là dans un autre vide. sable de la nuit extérieure. couché immobile érection au loin d'un lieu discriminé. tumeur topologique nœud d'ombre dans la nuit. la différence croît champignon de temps décomposé. battement numérique à l'intérieur du corps. décompte aveugle du reste.

Encore de la fiction pour contourner le mutisme. Tout apparaît comme si l'être, outre les signes et les informations sur ce qui peut se penser, nous fournissait les caches et les écrans et pour ainsi dire les paupières qui permettent à la pensée de survivre à cette question extrême.

pas plus loin que l'occultation frontale. germe en gestation dans ce mucilage aveugle. présence larvaire obstinée. percer l'écorce du monde et voir.

Rien, nulle part, ne se soucie de l'être. Nous faisons tout le travail. Nous seuls nous sommes la borne et le fondement de ce qui est et de ce qui n'est pas. Mais nous pouvons projeter cette aptitude sur quelque chose d'autre que nous, les dieux, la phusis, le logos, la parole et d'autres simulacres infantiles.

retour ici. mur de simple obscurité terrain d'herbes au pied de la bâtisse. réverbères mouillés dans le noir. cordeau de balises noyées bord du temps.

C'est le fait de se débattre contre la limite du pensable qui crée ce qui se pense et ce qui ne se pense pas. Ce heurt est ce en quoi consiste la limite de la parole. Notre soubresaut local est la charpente de l'être.

traversée morte. requête d'un mur et d'un heurt. arrivée de pierre. douleur comme franchissement. monde inutile. la plaie fait habiter.

La lettre n'est que contour, et tout ce qui se dit se dit par la limite. Or, seul le tout est limité par le tout. Ceci ne se dira qu'au terme de tout propos.

ombre à terre. plaie graphique sur tous les cernes du déblai. attestation d'ancrage. empreinte aux genoux d'une douleur schématique. localisation reconstruite. forme de terre lieu assigné à la terre.

Il n'aurait point fallu que cela se produise. Mais le fait que, outre les choses, le fait que cela soit nous étonne constitue une déportation définitive relativement à la jouissance de ce qui est, tout simplement.

tâtonner sur le vide nos signes de présence. description dessinée sur notre effacement. une mémoire monstrueuse absorbe nos repères successifs. le monde nous veut.

Il y a lieu de signifier l'être, le néant, mais principalement la cloison qui les ajointe. Et surtout les trous en cette cloison, gouffre discontinu où tout passe dans tout, sans autre finalité.

vague de vent métrique. épuisement du nombre sol de sable vide comme une chose. néant donné au monde par cette unique vague noire. commencement des noms.

Tout séjour dans le monde est le vestige terminal d'une ancienne effraction. Rien n'a eu lieu avant cela, même pas la simple apparition n'importe où de n'importe quelle chose. Et cela transparaît en toute parole, en tout regard, en tout mutisme et en toute cécité.

se héler soi même par gestes et par signes. même respirer est un message crypté venu du terme des choses. notre nom final est partout.

Les grands termes ayant trait à l'absolu, comme dieu, être, substance, idée, tant d'autres, nous semblent des continents perdus, des blocs conceptuels infiniment éloignés signifiant une perte. Or, rien ne nous fuit, et ces choses-là signifient leur propre mort. C'est notre approche qui nous déporte. Et c'est en quoi nous consistons.

la respiration avorte entre dormir et partir. consommation d'une pierre de jonction. suffocation crématoire ombre de terre dans le souffle. des lieux et des oublis permutent. broyat d'exil ici on ne partira pas.

Nous sommes séparés de nous, donc de tout, par l'épaisseur d'une parole qui commence mal et qui aboutit mal. Si cela pouvait signifier tout, en une seule fois, en un unique mot, nous deviendrions identiques à notre propre limite, et la question s'éteindrait. À un mot près toutefois.

ici encore piteusement expulsés vers nous. d'un flanc à l'autre terre de déportation. le voyage attend dehors.