jeudi 13 novembre 2014

La répétition 1

Que le désir d'être ici se manifeste le rend ipso facto suspect. Truisme ontologique, mais également impossibilité. Rien ne dissout, rien n'affaiblit l'illusion de pouvoir en sortir. Il nous reste à désirer que cette illusion soit elle-même épargnée par l'illusion. Le possible n'est rien d'autre que le dépérissement du futur.


aube du rassemblement. projecteurs et silence. par le carreau de fenêtre noire souffle stérile empli de noms. insufflation de glace. unité de l'appel. dans la vase salivaire génération de créatures issues du souvenir d'un lieu lointain.


Toute progression requiert un sol. Nous nous produisons afin de pouvoir nous piétiner et nous franchir. Mais il arrive que le piétiné morde le talon du piétineur, et le cloue sur place. Il faut passer avant d'avoir pu.


animaux de paroi. tout est limite. cal d'être. peau d'inexistant. un pas en vaut un autre.


En creux et presque in absentia nous sommes la matrice abusive de notre propre effigie. Nous la produisons, nous l'incubons, nous nous efforçons d'en accoucher. Et à force de faire naître cette effigie factice nous ne saurons pas ce qui, de nous, est né véritablement et c'est heureux.


en réalité rien. fenêtre d'eau. reflet de figure humaine. verre apposé directement sur l'aube d'acier. génération de traces sur la chair imprégnée de jour naissant. le nom du temps est devant nous. code du jour qui meurt avant son heure. crapaud de route aplati sur le goudron.


Notre parole est strictement simultanée de la manifestation terminale de la chose dite. Dire échoue ou achève. Si nous parlons, nous disons la fin, irréversiblement. Ce que nous dirons toujours. Nous ne dirons rien d'autre.


dernières écumes aux commissures du jour. l'aube oublie l'achèvement du temps. on dira encore quelques mots.


Ce qui apparaît procède de notre cécité. La vision instantanée nous échappe. Nous nous contentons d'une rétrospection immédiate, du fond d'un écart presque nul entre ce que nous voyons et ce que nous savons que nous voyons. Comme si nous étions les maîtres du visible.


voir plus loin. préserver la boursouflure du sol. ciment fendu et frottement de moignons. le pays tâtonne son terme. bourrelet rudimentaire pour attester l'oubli.


Le contexte réel nous révèle par bribes comme un pochoir inépuisable, de la même façon que la conscience semble éclairer ici et là le fonctionnement ostensible de l'esprit. Nous sommes bombardés d'identifications sporadiques. C'est ce qui construit le langage dont nous n'aurons actualisé finalement que quelques bribes, formations discontinues, manifestations opportunistes.


le visible aux aguets. piège bien amorcé. tout ce qui apparaît terrasse l'incertitude. regard analphabète constitution du monde.


Parois de pensée. On ne peut enlever un seul mot à la brique effective de notre huis clos. La parole finie ne cesse pas de finir.


salle voûtée par la lucarne au ras du sol. inventaire infantile des instruments. crocs et tenailles. poulies et poteaux. scalpels rudimentaires. cahier des protocoles et autres accessoires majeurs et mineurs de l'art d'écrire ce qui se dit.


Surabondance des signes. Faute de drain transcendant, tout aura été signifié. Par des mots et par des pensées explicites, mais aussi par la peau, par les yeux, par les tripes, par le souffle, par les crachats. Rien n'y échappera, rien n'en sera privé.


secret saccagé à coups de crachats. face humaine aveu arraché. rétractation légitime. origine des paroles.


Désignation vaut péremption et par conséquent le vrai présent des choses siège dans les négativités de la parole. Interruptions, inversions, incorrections, reports, anticipations. Mal décrire fait être.


inverser les lettres et pénétrer le pays. enfant dans la rigole de glaise au pied de la palissade. envers des affiches et des inscriptions. ombilic d'eau et d'herbes dans le terrain vague dévoilé. pacte illicite entre le corps couché et le sol envahi. le monde a un côté nu.


Fabrication de l'infranchissable par l'acte de nommer ce qui interrompt notre élan. Outre l'échec à franchir, il n'y a pas d'autre obstacle. Tout est acte et nom. Existons librement dans la butée.



naissance refusée. la peau et le nom s'interposent. toute paroi est à forcer.