samedi 8 novembre 2014

L'impasse 3

Nous sommes la police de notre propre illusion, quelquefois corrompus, quelquefois complices, probes à l'occasion. La mémoire est un sauf-conduit falsifié dont nous sommes nous-mêmes les stricts contrôleurs.

mur fertile. figures de l'oubli. infinité de traces dans le désordre de la surface de chaux. la suite des séquences s'y affole sans rien signifier.

Même murés dans la vieillesse nous apprenons à parler. La face collée à la mort, nous ne savons pas encore quelle est notre véritable langue. Notre maître est le charabia de l'espéré, l'amphigouri de l'obtenu, l'opacité du fait.

au centre du terrain vague crier des sons disparates. créer du sens en même temps que des mots factices. être au delà de l'origine.

Le temps ne résiste pas au savoir. Comme nous l'anticipons, l'avenir ressemble à un passé miteux. De fait nous ne savons pas.

flammes nocturnes. déchets dans le bidon de fer. gens en partance tout autour enveloppés encore dans le remous souillé du feu. le temps passé revient ici en visiteur loqueteux.

Le temps de toute évidence ne sert qu'à son propre sacrifice. Nous n'en sommes pas les sacrificateurs. Nous sommes l'idole qui se nourrit de ce sang mystique et de tous ses avatars.

retour d'aube. bête massacrée sans savoir qui se traîne aux pieds de son tueur. le jour en sang revient vers nous et nous aime.

Nous arrivons ici d'un voyage annulé. Mais nous ne sommes pas l'arrivant, nous sommes l'accueil distrait de notre propre arrivée.


la route encore. revêtement de mâchefer et de charbon. tout mène à tout. le cœur du pays se soumet. blessure minérale. voyage du déchet vers le centre du monde.