samedi 20 juin 2015

Le retour 3

Le réel est la face externe du sens, qui nous est inaccessible. Seul le bord des mots touche le monde. À force d'en produire nous raffermissons l'enfermement. Toujours le même enfermement.
le feu en guise de preuve d'un rampement ancien. la casemate noircie démontre la validité de la fin. viol concevable du pourtour de la niche. corps rejeté sur l'esplanade de pierre. instant incendié l'issue du bunker inscrit sa noirceur vide au bas de la grande page solaire. extérieur resté fidèle à son origine désastreuse. des lézards quelquefois vont et viennent dans les trous bordés de ronces.
Bénissons les limites, ne craignons pas l'infranchissable. cherchons partout des bords pour nous rapatrier. Nous les inventerons au besoin. Le monde est la syntaxe de notre cécité portant sur l'au delà du monde.
éveil factice. regard sans horizon. trou d'évacuation cosmologique. monde transformé en anus du monde. nous n'en sortirons pas.
Même l'extrême enfermement mental engendre des signes qui semblent venus d'ailleurs. Même l'enfermement dans un signe. Même dans un signe de mort. Nous maltraitons gravement les signes.
capture nocturne. vol furieux des repères. courroux d'homme. plaque de tôle brandie et agitée dans l'air. signe de mort tournoyant dans son propre hululement. chute finalement du corps et de l'arme dans son sol de nuit de ronces et de boue.
Le réel est prodigue en épuisements. L'exhaustion mécanique du possible est son organe vital. Sinon on n'aurait pensé qu'une seule fois.
sortir tout entier de la disparition. capturer le néant face à face mais en serrant les dents. bouche ouverte aveu de vie.
Seul une chose du monde peut accéder au monde. Mais si quelque chose du monde est entrée en nous, cela nous y transportera. Même l'oubli du monde est une chose du monde, et l'amnésie la plus brutale est une passe comme une autre.
par la crevasse faciale engouffrement des décombres visitées. commencement des choses de plus en plus lointain. cependant fourmilière affairée des bêtes de migration reconstruisent le ravage.
Chaque mot, même récapitulatif, reconstruit l'histoire. Mais ce sont les mots, pas l'histoire, qui subissent cette condition. Il est inutile de le redire.
frontière fuyante. la ruine avance vers nous et nous envahit. les décombres se reconstruisent au fond des gorges. un cri pour araser le passé.
Soit la résolution de dire ce qui est, et de ne jamais dire, de quoi que ce soit, que cela n'est pas. Le voulant ou non, s'y tenir. La liberté est à ce prix. Dresser un mur conceptuel et habiter en sa brèche. Mais la vision caricaturale, qui dissocie la contrainte en mur de pierre et désert inarticulé nous hantera toujours quelque peu.
ruine militaire. au creux des dunes casemates de ciment et de lichens. observer furtivement la crevasse centrale. ombilic contraint des jours et du voyage. migration menacée par son origine noire. on n'ira pas plus loin.
Depuis le commencement le sens est soudé au sens, et comme pris dans un unique sillon d'exode. Continuité mécanique, certainement indéniable, circonstancielle et absolue. Notre parole est un incident dans cette infinie migration linéaire, dont les tenants sont trop lointains, et les aboutissants trop problématiques. Un jour nous ne parlerons pas.
fouet de branchages. vent boueux. visite du creux frontal. déportation commencée déportation infinie. l'expulsion se perpétue. l'aboutissement est notre propre face seulement devinée. nous progressons dans l'exode.
Quelque chose se dit, mais nous l'apprenons après coup. Nous croyons tout d'abord que nous effectuons nous mêmes cet exploit local du sens. Il faut marcher pour savoir.
même ce murmure de vase foulée engendre un doute ayant trait au silence. martyre terne du passage. grisaille de terre nue qui attend.
Le monde apparaît sous la forme d'un acquiescement fort à la destruction de l'autre monde. Cet autre monde n'a d'autre réalité que sa destruction explicite et articulée. Ainsi existe-t-il. On ne détruit pas un monde étranger au sens.

raideur résiduelle des murailles écroulées. baraquements en ruines. la terre comporte ici sa propre dénégation. rester debout devant l'inhabitable. arpenter ses incarnations factices. le corps ne sert qu'au retour.