samedi 7 novembre 2015

Le même 1

Le néant ne se cache pas. Le monde rôde à nos portes en grondant, il nous hurle à la figure sa certitude mortelle. Mais nous jouons d'une part à faire celui qui a tout entendu. D'autre part, à la façon des enfants, nous jouons à dire "on ne saurait rien, et tout serait à penser".
fouille blanche. soleil d'orbite blanche. couches de chaux solaire pénétrées par la douleur. fissuration du terme. au-delà pivoter dans le creux de la face. un peu de patience pour savoir encore.
Regardons bien tous les déserts. C'est là que réside la forme et la suscitation de notre liberté. Laquelle ne sert qu'à se découvrir elle-même. Nous ne pénétrerons ni dans le désert, ni dans notre liberté.
mur sans nom. étendue restreinte à sa propre exhibition. dire que c'est vide est encore un mot surajouté. toucher ça et savoir tout.
L'obstacle à vivre se possède. Rien n'est infranchissable qui ne soit en même temps objet. Ne pas franchir est posséder. En acte et en pensée.
roche indéchiffrable. amas ferrugineux sous le sol soulevé. gisement stercoral mis à nu. toute matière n'était pas abolie. crête dans la terre surcroît fécal comme du sens.
Ce n'est pas par la vie que la vie pénètre dans la vie. Ce n'est pas non plus par la mort. C'est par les défaillances du réel. Cueillons les défaillances.
déchirures végétales. jour dans les brèches. sang aux arêtes. le bord des choses signifie ce qu'il veut.
Le monde revient ici d'un désastre terminal que toute déréliction fait renaître. Chaque détresse nous inflige une figure de la fin. Pierre funéraire ou désert à coloniser. En attendant, tout ce qui reste s'obstine.
bosquet d'arbustes et pâles moisissures d'un incendie ancien. restitution du vide. marche encerclée par des moignons de choses. refermement artisanal du pays. miséricorde fruste des bords brisés. l'éraflure de peau désigne le lieu d'une douleur dispersée. jour giclé à travers les lambeaux de branches. stigmate solaire dans les pupilles. au-delà sol chauve cimenté de sa boue et de son feu prescrit.
Pour dire, pour penser, les choses nous devancent. Nous sommes une chose en plus. Nous sommes les tard-venus. Nous avons à dire ça.
pierre du sol et moignons de ferraille. délire mnémonique définitivement figé. hallucination fossile. rien ne contraindra les choses à ignorer leur provenance.
Le vide irrigue la mémoire. L'oubli est amniotique. De temps en temps un monstre naît. Le reste est la création du monde.
noir de muscle operculaire l'ombre s'instaure. grotte de carrière bientôt nocturne. cavité refroidie d'un renom de feu éteint. lieu apprêté. croissance inapparente d'un démenti neuf et frais de sources et de mousses. cependant plaie d'eau métal de nuit claire. l'image demandait beaucoup de temps pour s'estomper.
Rapatrier l'éternel, précipiter les cieux sur la terre, cimenter l'aube, sceller des soleils sur nos murailles. Voilà ce que nous pratiquons tous les jours, petitement.
meurtre résorbé dans la caillasse à chardons. l'homme mort voyait en même temps le terrain vague et l'intérieur de sa tête. l'éternité sent le corps et le déchet.
La jonction du ciel et de la terre ne se fait pas sans nous. Nous sommes la jonction basse. Mais nous sommes trop pris par cette jonction à hauteur d'homme qui nous relie à nous-mêmes, et finalement nous nous réduisons à cela. Glue ou crampon, nous ne sommes que notre propre recollement central.
les pourtours nous envahissent. l'abandon cimente le sol. l'écart se pétrifie par l'entremise de cratères et de fosses sèches. l'intrusion des glaises articule l'une à l'autre les deux faces d'un même bord. mieux vaut ne pas regarder. le dépotoir brûlé se dessine sur fond d'eau martelée et de colline de craie avec ciel et rien.
La suspension de la vie ne peut être donnée que par la vie. On ne peut pas se suspendre soi-même et en même temps exister. Mais on peut fournir au réel des narcotiques appropriés et le soulager ainsi de la fatigue de durer. Penser y pourvoit.

chercher un vide pour la naissance des mots. dans le déclin des choses pensée de rien. savoir aussi natif que la pierre et l'eau.