lundi 2 novembre 2015

Le Possible 3

L'intérieur de la terre nous requiert, et c'est là une dette que nous devrons honorer. La glaise recèle notre ancrage, constitué de gens et de choses disparues. En attendant nous sommes ce qui fait parler la terre et tout ce qui est scellé dans la terre. Sa voix, sa fabrique à signes, sa lettre vive.
vent sur le chemin de pierre et de poussières. le tranchant des paupières émet sa douleur de sable sporadique. vision tactile la cendre scrute les pupilles sèches. opercule rigide. fécondation de mouche. gerce oculaire enfouie dans la glaise de l'avant-dernière saison.
Si la continuité du sens se rompait quelque part, entre l'ultime poussière du sol et le firmament du ciel, seul un dieu serait apte à la renouer. On peut postuler que cela se passe effectivement, et qu'un dieu veille et agît sans cesse. Rien ne prouve que nous ne sommes pas nous-mêmes ce dieu-là, et que c'est à cause de nous qu'il n'y a pas de rupture.
secret des choses œuf d'un dieu larvaire. tumulus de débris gisement de sapience. la vase du monde couve la lettre. nous ne dirons rien d'autre.
Tout peut se dire, mais à travers une porte étroite, un défilé unique pour tout le sens possible. C'est la parole présente, créée dans le présent et cohérente avec le présent. Nous pouvons lui préférer le silence, soutenu par une passivité absolue, qui transforme la totalité des choses en une sorte de parole. Nous en éprouvons la privation et de ce fait nous démontrons que cela existe.
peu à peu rien. trouée blanche réfléchie par la grande flaque de bitume inondé. déni élémentaire des discours. disparaître en cet acide engendrera une sorte de rachat.
Outre le regard et la pensée, nous disposons de nombreux artefacts du rejet, organes d'une sorte de fonction d'indifférence. Avec ça nous ensauvageons par la faim la bête du réel, trop apprivoisée, trop asservie. Et nous chercherons l'accueil dans la férocité symbolique du monde.
matières presque humaines au bord du dépotoir. pénétration du monde dans le monde. bloc d'étrangeté incrusté dans l'inconnu. il faut arpenter sans mot dire la frontière de tout ça.
Vous connaissez l'histoire récente, devenue fiction, récit et image. Le pire s'épuise et menace de devenir un reliquat du pire, supportable et intelligible. Pour en tenir compte comme il se doit il faut tout d'abord le faire ressusciter.
bond latéral. arrêt au bord du tumulus. terre dure moulage maxillaire. débris de fer fracassés sous le talon. fractures incrustées dans la petite motte dure de craie et de micas. ailleurs poussière vague d'air caustique. transition dernière vers les rues d'une ville au loin.
Ni homme ni dieu, nul ne peut rejeter la plus dérisoire, la plus infime, la plus superflue des occurrences de ce qui sous-tend le sens et dont chacun de nous, dieu peut-être, est et producteur et véhicule. Jouons donc à en produire, beaucoup, pour voir.
tout est monde. tout fait sens. même le détritus est la glaise qui remplit le crâne vide d'un dieu. on ne va pas plus loin que la raison d'être des choses.
Soutenir, serait-ce en pensée, qu'un humain peut aussi bien être que ne pas être, revient à nous jeter tous dans un crématoire symbolique. Même si nous visons ceux qui détruisent l'humain. Tuer n'est pas annuler.
cendre écrasée. mort fossile. agitation terminale dans la cendre. forme du pas désagrégée. cendre d'esquilles propres le nom a forcé sa limite.
On ne fait pas le bien avec le mal, même en détruisant le mal. Quand le mal disparaît, il disparaît pour rien. Ce qui est détruit ne se rétablit plus et notre monde, issu de destruction, est constitué principalement du manque de ce qui ne peut plus être.
suicide rituel des murs et des constructions du camp. restes d'un échec à s'abolir. monde de nouveau innocent.
Chaque soubresaut du corps est en même temps un retrait du monde. Et avant le reflux ce vide est aussitôt comblé d'une chose hybride, faite d'espace et de matière, mais aussi de jouissance et de douleur.
tout conduit au sommeil de tout. les grandes grottes palpébrales enserrent leur vermine. monde et spores du monde dans la vase noire. tout ce qui fait retour est né ici.
Tout apparaît au cœur d'une incommensurable cécité. Notre vision n'est qu'une écharde dans l'œil de l'infini cyclope.
tuez le visible pour incuber les germes de son nom. l'obscurité voulue est le plus grand des objets.