mercredi 2 décembre 2015

L'arrivée 1


Mais si la conscience de l'être est la jouissance d'une dérobade, il faut encore en rechercher le chemin. Cette quête est déjà dans les choses, chacune arborant la forme et le commencement de sa propre disparition. L'être est le trou au fond des choses.
traversée d'animaux dans le creux d'ombre. statue de terre cuite. remparts brisés.

Le regard instruit les choses quant à leur rang dans l'ordre de l'être. Il les convertit en chemin. Et nous en recueillons le contrecoup.
accueil obstiné. poids de chair dans la pierre. mur ravagé de cavités respiratoires. rugosité d'écorce avant la peau. reproductions parcellaires du corps. toutes les choses sont issues d'une ancienne connivence.

Le regard fait être. Le regard accable le visible. Et l'accueil s'autodétruit sous nos yeux et ne donne accès à rien. Une esquive mortelle, un étiolement. Mais ce mouvement est natal.
port d'abri. terre de dépouilles et de choses incrustées. surface indemne et constructions interrompues. tracé au sol de mur schématiques. enceintes quadrangulaires ébauchées par des briques et des parpaings cassés. pavés disjoints de marbre et de basalte. malgré nous cité germinale de boue blanche et brûlée. nouvelle fondation pour passer outre.

L'oubli strict du présent actuellement présent est la seule fonction humaine capable de percevoir immédiatement qui ce qui est est, et que ce qui n'est pas n'est pas. Cela prend du temps.
barbelés de chair. ciel nu douleur inscrite. crémation d'herbes blanches. chronique des corps manquants.

La désignation produit le double nul du désigné, et fait que ce qui est puisse ne pas être. Le nom ou le geste qui la montre apporte à chaque chose le néant qui lui correspond exactement. Comme une goutte germinale, comme un souffle constituant.
guérite vide dans le vieux désert. creux circonscrit dressé sur le socle de ciment. armature de fer visible. coupure forte des séquences. rien ne termine. construction de bois appuyée aux murailles. végétations incohérentes. interruption mille fois redite.

L'être, manquant, agît sur la parole par succion comme sur la plaie envenimée un guérisseur primitif. Penser l'être consiste à tendre vers lui toutes nos plaies noétiques.
face nue dans la morsure de l'air. le désert renifle sa proie. cracher devant. sauver la présence.

Qu'il y ait une borne à l'être provient du fait que nous sommes là. L'absolu plane au dessus de ce chaos, océan noir, abîme de nullité circonscrite. Il plane et ne se pose pas.
remparts fictifs. invention des limites avec nos propres déchets et nos propres excrétions. entailles mal articulées comme un chemin.

Si nous pouvons ne pas nommer l'absolu, il se déploiera comme étant à lui-même le mot qui le dit sans terme et sans mesure. Les noms sont la mutilation du Nom.
lire sur soi. décoder la peau. repousser le monde. mettre à mal la présomption d'inexistence. sueur de sel sol natal.

Pour que le Tout se déploie, même infiniment, il lui faut un centre différent de lui. Cela est son mal rédhibitoire. C'est l'abîme à travers lequel il s'écoule vers rien. L'absolu vit et meurt.
simulation de cécité. perturbation infime du vide. matériaux de rebut. briques et dalles au milieu du terrain de boue et de jour caustique. achoppement de la fin.

Quelqu'un l'a fait, et c'est bien. Regarder du côté de l'être en tant qu'être c'est accomplir de nous-mêmes l'acte de dissimulation qui lui est propre. C'est la seule médiation de l'être à l'être que l'être peut supporter.
ainsi chien mort retroussis de babines noires. crocs nus chevillage dévoilé de la chair à la terre. l'expulsion se décompose.