lundi 7 décembre 2015

L'arrivée 2


Malgré que l'on puisse la figurer en écrivant a = a, l'identité d'une chose à elle-même doit pour s'accomplir parcourir la totalité de ce qui existe, et subsumer tout ce qu'elle n'est pas. Ce cycle décrit l'être comme la totalité des choses qui existent, moins une. Et, à celle-ci, nous devons tenir.

bâtisse écroulée. bois gris mangé de rouilles sous la poussée végétale. structure des fuites charpentée par un squelette cloué et chevillé poutre par poutre. ne pas avancer vers les multiples sollicitations de la ruine. durer debout. martyriser le pas.


Toute chose anéantie sans avoir été connue est la matrice de l'unique néant qui est absolu et qui commence. C'est la génération physique de l'être absolu qui est son corrélat, et la preuve impossible à méconnaître que cela existe.

saillir la perte. naviguer dans la plaie. peupler la sanie de la terre. l'humanité qui manque est dans l'envers du monde.


Durée et étendue, peut-être simplement le sens, tout ce qui se produit a pour effet de couper l'être en deux. Avant et après, ici et là-bas, réel et irréel, manifeste et occulté, et ainsi de suite. Ce qui coupe l'être en deux est ce qui reste de l'être repoussé d'un côté et de l'autre de toute apparition.

saillie radicale. sol de nervures. ligne médiane du corps et du monde. broussaille nocturne interrompue et ressoudée.


L'aube dénude les plaies. Le jour doit y renaître. Toute chose a son jour, sa plaie, sa renaissance.

trahir les bornes du temps. dilacérer les téguments du jour. être le parasite sanglant de tous les achèvements.


Ce qui est se constitue en se moulant strictement dans le creux de sa propre nullité virtuelle. Or la parole est ce qui produit la nullité des choses. C'est donc le lieu où les choses peuvent naître.

l'ombre du corps se vautre comme d'autres bêtes dans l'accueil de racines infimes et intactes. un pas de plus et ça s'ajoute aux nouvelles configurations du sol. des arêtes de tôle scandent transversalement la désertion.


L'être souffre de la traversée des humains, du piétinement des dieux, de la méconnaissance très pure qui siège en toutes les choses et en toutes les créatures. Cette douleur est son nom et son mérite.

jeter contre la terre des pas et des déjections. asséner de la présence. disséminer la pierre qui fonde la cité. sacrer le sol en passant.


Il y a de l'être. Finalement, si cela n'est pas dépourvu de sens, il n'y a d'autre être que celui au sujet duquel nous disons quelque chose. Taire et ignorer ne vaut que si nous savons quoi. Et cela peut se dire.

souffle guerrier à la face du vide. corrosion respiratoire. flamme d'air chaud tremblante au-dessus des ronces noires et des planches disjointes. guérite écroulée d'un guet perpétuel. lichen géographique. place vide incrustée dans le vide. lieu réprouvé. un filet d'ombre urinaire coule vers l'intérieur du sol définitivement conquis.


L'homme, cette absence, est la terre promise pour l'être. Ce que nous voyons de lui ce sont des attitudes d'adoration, des poses de pénitent, une infinie demande d'intercession. L'être veut être et nous requiert.

désert de calcaire et de cendre au ventre. lieu rampant bête soumise. fin du voyage partout pétrifiée. discrètement déplacer l'absence. sans même respirer disperser l'abandon.


Parole morte, plénitude de l'être. La réalité absolue des choses est posthume. Il est aisé d'assister à la surrection de l'infini.

colline de mâchefer jamais escaladée. fossile noir. pays organique. terre accrue des restes de sa propre crémation.


Il est, pour l'existant, deux formes de la misère ontologique. Être sur le point d'être, et s'abolir, étant. Comme l'une entraîne l'autre, l'entre-deux persévère.

ne jamais fermer les yeux. harceler les matières. traquer l'indéchiffrable. bâtir dans le méconnu.