lundi 14 décembre 2015

L'arrivée 3



Ce qui se sait et ce qui se voit n'est pas ce qui est. C'est un texte codé, compte rendu erroné d'un acte de dépassement. La fausseté des signes enveloppe la certitude ontologique comme un réseau vasculaire qui la nourrit. 


lourdeur des eaux dans la ronceraie. précarité d'insecte créateur de parcours périssables. terre ouverte. empreintes infimes d'un vieil incendie. les noms d'achèvement se perpétuent. 


Nulle chose n'est la source de sa propre permanence, issue de toutes les choses inférieures et supérieures. La continuité irrigue et nourrit chaque chose, afin d'être. L'être que nous désignons est le sujet supposé de tout ça, et rien d'autre. 


les traces mangent les traces. le chemin est une chasse cannibale. grouillement de blattes topologiques entre le pas et la présence. 


Si on enlevait à ce qui est la moindre particule de n'importe quoi, bribe d'entité dérisoire, brindille morte, souffle de cendre dans l'air, désigner l'être deviendrait incongru. Or, il manque quelque chose, et nous le savons. 


cercle de cendre momie de présence. sol effrité. rouille de lichens rouges désignation faible du sang. question par question visite lente du lieu. sur le socle de ciment érection enchevêtrée de poteaux gris. le vide se resserre. 


Toute chose réalise l'extériorité de l'être à l'être. Toute chose réalise l'extériorité de cette même chose à elle-même. L'acte d'être est un voyage accidenté. 


sol de cendre blanche progression ralentie. la destruction du temps progresse par petits bonds. le sang aussi a son double mortifère. 


Le contact voire violent est l'acte par lequel la séparation se sépare d'elle-même. L'être disjoint et relie. Sa réalité est cicatricielle. 


fraîcheur d'une pierre de sang au front. murs miséricordieux. un peu plus de proximité vers la paroi terminale. face encerclée de souffles. sommeil vertical. le retour s'accompli. 


Seul les choses peuvent révéler la forme exacte et le moyen effectif de leur propre disparition. Seul les choses pensent contradictoirement l'éternel. 


genèse noire. fosses et broussailles. territoire infranchi. embryon du grand séjour. 


Nous pouvons penser qu'il n'y a rien. Nous avons accès à l'épreuve du non, et il nous est accordé d'accomplir le parcours de l'anéantissement. Le néant est la grande passe permanente. Il y a quelque chose. Mais chaque chose est un message venu de l'abîme. Tout est réapparition. 


murailles tronquées et palmes sèches. amoncellement d'architectures gisantes. monde pas plus étendu que le pas d'un homme. la reconstitution du camp se laisse cerner continuellement par sa propre poussière. cendre de terre. pays possible. 


Sauf à n'être pas, l'approche de l'être est un recul. Le recul est le chemin qui ne finit pas. C'est l'infini qui a lieu. 


cité de ruptures. ruine organisée. débâcle arithmétique. articulations de la pierre mêlées à la pierre dans un seul tas de décombres. un nombre juste et creux qui accroît le monde. 


La précarité du monde est la fissure fumante sous le trépied de la Pythie, l'accident qui parle de tout sans qu'aucune chose ne l'entrave.
 

entre les poutrelles tronquées rumeur d'un vent corrompu. tournoiement sur place lanière d'affiche jaune. fouet d'un doute. momie sèche d'une ombre d'homme entre les poteaux qui circonscrivent l'aire de guet. 


Aucune chose n'aura été si une trace n'en exprime et la disparition et la perpétuité. Nous sommes accablés de traces. L'être est. 


la douleur fissure l'oubli. la chute périme la fuite. la boue et les décombres s'affermissent autour du corps écroulé. même ces déchets constituent une attestation d'éternité.