dimanche 24 janvier 2016

Trace 3



Nous voulons comprendre, maîtriser nos discours et ne pas être dupes des mots que nous disons. Nous luttons pour garder la parole à l'écart de la parole, comme pour prévenir un acte de stupre, d'inceste, de cannibalisme. Et c'est cet écart sans contenu qui nous permet de supposer pour la parole la possibilité de nommer l'être et de survivre.


rouilles de fer les yeux s'apprêtent. extinction de l'écart. différence écrasée sur le champ de déchets. les passes se corrompent. le retrait se dégrade dans la combustion solaire. fondation de tout. partir quand c'est fini.


Tout humain est thaumaturge, philosophe, sage, demi dieu. En effet, considérez la quantité de méconnaissance qu'il sait produire, celle qui fait exister tout ce qui, par le biais de la parole, est autre que la parole. Il suffit qu'il parle pour produire des univers de silence omniscient. Ce qui, articulé, aurait été la véritable parole de l'être.


face close. répondre du visible et de sa grande mort. incriminer le regard. voir engendre des déserts. le monde a un double assassiné.


Tout se dévoile immédiatement et en personne. Mais l'éclairement où tout se dévoile est aussi la source de l'ombre, l'origine d'un système d'ombres et de caches joints à l'objet. C'est le premier pli perceptible d'un monde où, outre les choses et l'humain, il y a de l'être avant tout.


aube insulaire. lumière nue le projecteur lèche le sable blanc. fougère d'ombre schéma radiculaire des fondations du pays. veines noires embryon d'absence.


Il n'y a pas de réel manifeste, il n'y a que du mal occulté. Toute occultation ne s'annonce pas par une chose, trace visible de son propre échec. La vraie occultation ne se montre pas elle-même, elle ne cède pas à la tentation permanente de l'ostensible, même pas à celle de l'ostensible pour rien.


achoppement géométrique. bourrelet de glaise refermée. chaque pas signifie l'ouverture de la terre. la fin n'est pas sûre.


À vrai dire, et par défaut du moins, nous sommes la clôture de l'être. C'est pourquoi nous arborons tant de brèches et de défaillances. Sans cela nous ne pourrions ni parler ni voir les choses.


cercle orbiculaire paix d'un os refermé. poings sur les yeux capture annulaire du feu. lisière noire d'une vision simulée du jour et du commencement. pierre de chair. marquer l'aube.