dimanche 28 février 2016

L'approche 3



L'être a déjà renoncé à sa stricte définition au profit des choses, des ombres, de la multitude des créatures qui existent. Mais ce renoncement nous apparaît comme une chose essentielle et éternelle. C'est le seul spectacle de l'être et de l'éternité que nous aurons.



territoire nu. ronceraie brûlée et palissades démolies. parcours réduit au corps. charbon d'herbes et de brindilles. et toutes les autres matières regroupées au delà des bornes dessinées à la chaux. calme central au cœur de la grande épave extérieure.



Actes, paroles, pensées, émois, quelque compliqué que soit ce en quoi nous consistons, nous sommes pour l'être la voie du tarissement. Jusqu'à notre souffle et nos foulées, nous sommes drain, évacuation, bonde ouverte. L'être ne peut plus fuir l'être qu'à travers notre présence, ici, vide et centrale.



fouet d'absence. même l'arrêt sur place est une course effrénée. vers la cessation du rejet. vers l'épuisement de l'expulsion.



Atteindre le fondement de la présence du présent par exclusion continue de tout ce qui est seulement supposition. Parvenir à la nullité centrale, dépouillée de son bord quasi réel. Ce cheminement dessine le corps de l'être.



froissement d'espace. terre nue bouleversée. fouille solaire ravinement de vent et de sable. le jour gronde à l'extérieur du camp. même l'inscription du vide a échoué. absence comme une foule en quête de passage.



L'être que nous savons nommer n'est finalement que le dos des choses. Leur face est sa résurrection présente qui précède toute parole. Loin d'être un constat établi dans le passé, que quelque chose soit est un éblouissement actuel.



derrière le dernier pas horde d'êtres déniés. présence crématoire. extermination frontale de l'autre. monde volé. traversée réduite au martyre.



Le néant est d'emblée, entier, dès lors que quelque chose est. Quelque omission, mensonge, ignominie, fausseté que nous puissions produire, nous n'ajouterons jamais du néant au néant. Être est une porte, close et irréversible.



cercle de terre vide ronces et barbelés détruits. travail d'oubli en cours. terre laissée en blanc naissance de pierres pures. cerne d'ombre des choses incrustées où elles sont. signe par signe départ pétrifié. brûlure de terre vide. eau d'ombre sur le sable. borne du pas vite bue.



Imiter en pensant la détresse de l'être, rongé au bord par l'hypothèse de sa propre cessation. Le supposer identique à notre saisissement.



tituber pour savoir. effraction chaotique. il n'y a pas de chemin mais rupture du terme. le viol du lieu est accompli.



Le monde est l'empreinte laissée d'une disparition. Les choses sont l'empreinte parfaite de l'impossible éviction de l'être. Tout ce qui est, nous l'appellerons empreinte.



argile durcie le temps d'être ici se fige. la terre résiste aux ancrages de fortune. la glaise durcie ne mange même pas son ombre. les signes crissent icônes inutiles dans le feu d'une heure nue. herbes plates et ombres rasantes. postures fixes. papiers portant des mots écrits et des mots détruits. l'exil s'achève.



Oublis, omissions, pertes. Après tant d'anéantissements, nous nous demandons où se trouvent les choses anéanties. Car, ayant été, il n'est plus concevable de leur retrancher de l'être. Et alors, de ce qui n'est pas il faut penser et dire que cela est. Et nous ne pouvons même pas le savoir pour de bon.



sommeil croissant. houle fixe. chaque minute une histoire oubliée. noms du monde clameur morte. annulation du temps et de son contenu. éternité de déchets abolis.



Que de l'être demeure, au lieu de rien, est une bataille d'homme, menée souffle par souffle, murmure par murmure, dans laquelle il n'y a ni transfuge, ni traître, ni déserteur. Même si nous n'y gagnons que le pire de l'être.



front fendu. front craquelé de boues cohérentes. renoncement salivaire dans le masque qui signifie le silence. pétrissement d'une glaise faciale où il n'y a rien. traversée de bête réticente inauguration de l'annonce.



Toujours un peu au-delà de l'imminence du néant, mais d'un seul pas, d'un seul souffle, d'un seul frémissement, d'une seule inscription. Comme une seule goutte d'obscurité qui se déplace.



meurtrir l'absence travail originel du corps. passer guérit. récit de vie plaie desséchée.