samedi 26 mars 2016

Le cercle 2

J'entends ce que tu entends, et ce que tu entends provient de toi.



le vide racle la peau. reculer sous l'assaut d'un signal engourdi. renaître ouvert dans l'air de lait et de boue. lettre pustuleuse aux bouches. séquence respiratoire progressivement lisible. décomposition d'un code embrumé. au contact de la langue et de la croûte de glace aux palissades remémorer le vide et toute la soif. gorges vides et terre privée de sens.



Tout seul tu inventais des machines. La machine à taire et la machine à fracas. Tes géniteurs grouillaient de mots. Tu provenais d'un vacarme. La machine à taire les tuait de loin, comme les blattes de la remise aspergées de poison. La machine à fracas les faisait éclater comme les chiots contre le mur. Quand tout était fini tu tendais l'oreille.



en détachant aux ancrages de chair imaginée la croûte faite de monde et d'un prélèvement de terre et d'encre. incrustation exténuée. restitution impossible. boue dénaturée d'un sang labile et vieux.



L'autre origine était la boue. Celle du marécage, de la bulle d'air létal qui semblait te désigner. Comme en la vase éclatait en toi la rumeur creuse, le nom de ce que tu ne savais pas. Tu ne savais pas naître, tu ne savais pas mourir. C'est ce que tu écoutais.



l'ombre s'engouffre subitement dans l'ombre. mur de broussailles manière de conclusion. fissures d'ombre. essaim noir l'absence se disperse. un vent friable vaticine l'assaut. dans l'ombre massacrée la certitude.



Tes yeux avaient séché. Longtemps tu fus aveugle. Et c'est dans ce double caillot de sang noir que tu voulais loger. Tu n'étais qu'un interstice dans le bon ciment de la méconnaissance. Et alors on t'a guéri. On t'a arraché tes yeux d'ombre et le monde a perdu sa rumeur comme une mer qui s'assèche.



le sol s'ensemence du premier sédiment urinaire. le gouffre se cautérise d'un résidu de sel humain. parole tronquée aux sables maxillaires. tranchant frontal. fossile du lieu des chutes. obscurcissement armé. montagne fécale l'ombre même des os pourrit comme le monde. nombre immuable. face glacée une rumeur survient. trop de nullité ici. momie toxique dans l'au-delà de notre butée frontale. corps étranger éraflure vive dans les tissus du pays. retrait des corps où tout retourne. vasière portant l'os d'une première émersion.



La lumière engourdissait les monstres d'interstice. Araignées impossibles, reptiles fiévreux. On éteignait et tu étais enfermé dans le même interstice d'ombre que les monstres. Tu laissais s'ouvrir entièrement ce vide. L'obscurité était l'intérieur d'un corps. Tu attendais le souffle, le grincement, le raclement de pattes, le martèlement étouffé, le claquement de mâchoires. L'approche te cernait.



annonce puante. sourcils de fer rongés de vent corrosif. limailles ciliaires pour voir outre. des images en pâtissent. la description des objets s'ajuste au vide. photo jaunie rongée par les limaces. résorption du retrait. plaque de fer ouverte en lettre creuses. plaie nominale enracinée. terre mordue par un nom. bouche ouverte au travail enterrée dans la croûte de boue tout se sème.