samedi 14 mai 2016

L'impasse 1

Nous ne pouvons pas drainer cette poche locale de vie pour aller outre, car ça devient trop vite chose de mémoire qui se détache de nous et ne s'épuise pas. C'est ainsi qu'un flot amnésique nous ramène au rivage comme un corps de noyé que le néant refuse. Pour le futur, il est toujours trop tôt.


souffle de vent chaud et de lumière jaune. infiltration ici d'un autre jour. floraison articulée sur les débris. hargne conceptuelle des épis frustres et des graminées sans nom. signification précise accrochée aux fragments du lieu. vide du monde pointé et daté. sèves de dénégation. sucs acerbes pour ronger l'une des racines centrales de la mémoire.


Ce que nous ne savons pas de nous n'est pas enfoui dans l'obscurité d'un esprit. C'est diurne, banal, manifeste. Ce sont les innombrables faits, situations, états de choses vécus et attestés dont il ne reste en nous aucune trace. Hier, aujourd'hui, en ce moment même. Ce n'est pas à la légère que nous supposons une autre vie et un autre monde.


manger le vent. semer l'oubli. faire fleurir des fleurs noires dans l'évidence nocturne. le chemin franchi est l'autre monde. on n'y habite pas.


Dire "monde" par exemple abolit les milliards d'endroits du monde que chacun de nous ne connaîtra jamais. Même ici, lieu occulté à un infime déplacement près. Le miracle est que ce mot nous comble.


emmêlement des taillis. emphase des lianes verticales. détournement des traces. courir en criant autour de cette forteresse accidentelle. démentir l'assertion.